[CRITIQUE] Zack Snyder’s Justice League

Temps de lecture :  5 minutes.

Suite à la mort de Superman, Bruce Wayne se lance à la recherche de nouveaux super-héros afin de faire face à une nouvelle menace.

Justice League, année zéro : une genèse difficile

Il n’est pas peu dire que la version originale de Justice League — sortie en 2017 — fut le fruit de circonstances chaotiques. Œuvre-chimère, abandonnée avant la fin du tournage par son réalisateur Zack Snyder suite à la mort de sa fille, le film fut repris en main puis charcuté par Joss Whedon et la Warner, alors bien trop contente d’avoir réussi à débaucher le papa d’Avengers pour se préoccuper de savoir si celui-ci était en train de faire un bon film. Indigente et lourdingue, cette version peu mémorable qui aurait dû concrétiser la grande messe du DCU ne fit a contrario qu’enfoncer davantage le clou dans le cercueil moribond de cet univers cinématographique déjà casse-gueule.

Une folle rumeur, alimentée par Zack Snyder lui-même se mit à régulièrement hanter la toile : l’existence d’une autre version de Justice League, la sienne. Rapidement, elle incarna les projections et les espoirs les plus fous. Plus grandiose, plus épique, cette version comblerait toutes les frustrations engendrées par celle de Whedon. Il y avait là le potentiel d’un chef-d’œuvre, le Graal tant attendu du film de superhéros. D’abord sourde face aux réclamations incessantes, la Warner — désireuse de pimper sa plateforme de SVOD HBO Max — concéda à Snyder le budget nécessaire pour ressusciter son projet. Et nous voilà ainsi, cinq années plus tard, devant le miracle accompli avec à la clef une seule question : alors, qu’est-ce que ça vaut?

L’art et la matière

Éviter la comparaison est impossible tant découvrir la version de Snyder c’est mettre en évidence le travail de tâcheron jadis accompli par Whedon. C’est en effet un premier constat qui s’impose avec certitude : oui, pour ce que ça vaut, ce Justice League est indéniablement meilleur que la soupe qui nous avait été servie en 2017. Cette version mérite-t-elle pour autant de se retrouver au panthéon des plus grands films de superhéros? On y viendra.

Les fans de DC seront certainement plutôt satisfaits devant la «Snyder’s Cut». Si le film baigne toujours dans les FX un peu hasardeux, ceux-ci sont globalement potables. Les blagounettes vaseuses de Whedon ayant également été écartées, le long-métrage se concentre sur l’essentiel : sa trame, dont on comprend enfin quelque chose (un grand soulagement pour ceux qui auraient vu la version cinéma, souvent imbitable). Snyder s’accorde à rendre palpable et cohérent le DCU au sein d’une seule et même œuvre et renforce la caractérisation de ses protagonistes en accordant à chacun un semblant d’arc narratif. En même temps, avec quatre heures au compteur, le contraire eut été un peu aberrant.

Tempête de saucisses volantes

D’ailleurs, quatre heures est-ce que ce n’est pas un peu trop?… Si. Quand même. À mi-chemin entre le film et la minisérie, Justice League s’apparente à un objet hybride qui déroule à toute allure une intrigue massive, mais qui manque curieusement de fluidité. Certes ambitieuse, la Snyder’s Cut, à force de ne rien vouloir se refuser, finit par devenir poussive. Elle est ainsi parasitée par des facilités scénaristiques grossières et des effets de style incessants ; entre ses ralentis à foison (big up spécial à la pluie de saucisses, les vrais sauront), son cadrage en 4:3 sans intérêt et des scènes de pur fan service mal intégrées à l’intrigue.

Plus dommage encore, et même si Zack Snyder n’est pas connu pour sa finesse, il ne parvient ici jamais à égaler la portée symbolique incarnée par les meilleurs moments de Batman v Superman. Si ce Justice League reflète sa vision, il faut constater que celle-ci repose purement sur des considérations plastiques tant le film omet de développer un propos. La Snyder’s Cut peine à prendre de la hauteur et à s’exempter du pur spectacle bourrin, préférant voler à ras du sol en restant dans des réflexions manichéennes. Ce qui aurait dû exciter notre palpitant nous laisse finalement de marbre et si la vérité déçoit, le constat est là : la promesse de la fresque épique s’est effacée au profit d’une minisérie d’action conventionnelle et surtout terriblement oubliable.

 Les héros ne meurent jamais (?)

L’attente était telle que, comme son Superman, Snyder n’aurait sans doute jamais pu combler tous les espoirs que ses fidèles avaient placés en lui. Ceci étant dit, on ne peut qu’admirer la détermination et le dévouement qui auront permis à Justice League de voir le jour. Reste à savoir désormais à quoi ce combat aura servi, si ce n’est permettre à la Warner de se remplir les poches sur le dos d’un projet qu’elle avait volontairement enterré.

Depuis 2017, et la sortie du Justice League originel, le studio et DC ont ainsi drastiquement divergé du «Snyder Universe» avec des œuvres tantôt sur un terrain moins exigeant (Shazam, Birds of Prey) ou au contraire plus prestigieux (Joker). Malgré un épilogue, spécialement tourné pour l’occasion et qui laisse entrevoir la possibilité d’une suite à cette Snyder’s Cut, il faut se rendre à l’évidence : l’entre-deux jadis représenté par la vision du réalisateur est peut-être aujourd’hui obsolète. Néanmoins, si la résurrection de ce film que l’on croyait mort-né prouve quelque chose, c’est que rien n’est impossible.

Marine Pallec

Zack Snyder’s Justice League
Réalisé par Zack Snyder
Avec Ben Affleck, Gal Gadot, Henry Cavill
Science-Fiction, Action, États-Unis, 4h03
18 mars 2021
Warner Bro
Disponible sur UniversCiné, FilmoTV, Canal VOD, Orange

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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