[CRITIQUE] Wonder Woman 1984

Temps de lecture : 6 minutes.

/!\ Cet article contient des spoilers. /!\

Après avoir terrassé Arès durant la Première Guerre mondiale, Diana Prince, désormais employée de la Smithsonian Institution à Washington, D.C., vit discrètement au milieu des humains en 1984. La découverte d’une mystérieuse pierre supposée exaucer les vœux va la contraindre à enfiler de nouveau son costume de Wonder Woman.

Particulièrement attendu après le succès public et critique de son aîné en 2017, le nouveau Wonder Woman a connu bien des déboires avant d’arriver en France… sur le petit écran. Reporté à de nombreuses reprises du fait de la pandémie et de la fermeture des salles, il a finalement été annoncé au cinéma pour le 30 décembre 2020. Après cette énième sortie ratée, il a finalement atteint son public via la VOD le 31 mars 2021 sur une multitude de plateformes (parmi lesquelles FilmoTV, AppleTV et Canal VOD) et en DVD/Blu-Ray le 7 avril. Un mal pour un bien ? 

Avant même cette sortie officielle, Wonder Woman 1984 recevait nombre de commentaires peu élogieux. Certain.e.s spectateur.rice.s ayant pu découvrir le film pendant une rapide ouverture des salles (aux États-Unis notamment) ou via les fichiers illégaux ayant rapidement atterri sur Internet, les premiers avis sur le nouveau film de Patty Jenkins laissaient supposer le pire… Ni une, ni deux, il fallait en avoir le cœur net car, après tout, mieux vaut s’en assurer par soi-même. 

Pas forcément convaincue par le premier opus dans lequel l’héroïne de D.C. Comics, incarnée par Gal Gadot, manquait cruellement de personnalité, à l’inverse de la Black Widow du Marvel Universe, j’avais tout de même apprécié l’action dans laquelle nous plongeait Patty Jenkins et, surtout, j’étais ravie de voir qu’un film était enfin accordé à ce personnage particulièrement intéressant. WW84 condamne malheureusement son héroïne à un carcan encore plus limité se résumant à “je-suis-une-princesse-bad-ass-très-forte-pleine-de-bonnes-intentions-en-décalage-avec-la-société”. 

Tout commence sur l’île de Themyscira, lieu de l’enfance de Diana et sorte d’équivalent de l’Atlantide, qui, dans le premier film, avait eu droit à un sacré flashback pour expliquer la fin de son peuple. Une ouverture en fanfare qui, avec ses plans en grand angle et les prouesses acrobatiques des Amazones, crie son envie de grand écran. Bien qu’assez répétitive et un peu longue, elle met en scène une jeune Diana, farouche et déterminée, prête à tout pour briller autant – et même plus – que les autres guerrières, sur fond de musique pulsée et électro. Cette ode à la force des Amazones nous inscrit directement dans l’action et l’intensité qui, malheureusement, nous abandonnent ensuite pour un bon bout de temps. Une longue séquence, épique il est vrai, mais seulement vouée à présenter un – le ? – trait de caractère de la jeune femme. En l’empêchant de gagner la course sous le regard de sa mère, la reine Hippolyte (Connie Nielsen), son instructrice, la Générale Antiope (Robin Wright), souligne l’impulsivité de Diana avec un petit côté Mufasa. Heureusement, aujourd’hui, Diana a bien évolué et est devenue une femme forte, aguerrie et calme. Silence, moteur, ça tourne… Action ! Direction les années 1980 !

Et ça, on l’a bien compris. Le film prend énormément de temps à nous présenter les 80s à grand renfort de looks colorés et d’actualités évoquant la Guerre froide. Et surtout, une certaine publicité pour investir dans le pétrole tourne en boucle à la télévision et semble étonnamment importante. Serait-ce un indice de l’intrigue ? Est-ce que ce Pedro Pascal en costume aurait de l’importance dans la suite des événements ? Le film l’indique avec insistance : cette proposition est trop belle pour être vraie et il se trame quelque chose derrière le fard de la télé. 

Après une intervention miraculeuse dans un centre commercial, au surjeu énervant, prouvant que Diana n’a pas raccroché son costume de guerrière, la jeune femme reprend son train-train quotidien chez elle, puis à la Smithsonian Institution où elle coule des jours paisibles, solitaires et anonymes, loin des médias et de toute relation humaine. Dans son appartement, les photos du passé se multiplient habilement disposées pour faire de gros clins d’œil à l’épisode précédent. La rencontre soudaine avec la maladroite Barbara Ann Minerva (Kristen Wiig) – avec un nom pareil, n’y aurait-il pas anguille sous roche ? – annonce avec fracas leur lien et son statut de protégée de la guerrière. Barbara est d’ailleurs centrale dans l’intrigue (qui nous le crie très fort). 

Car, il faut le rappeler, marchant dans les pas de son grand frère, Wonder Woman 1984 se veut féministe et le personnage de Barbara doit servir cette cause. Maladroitement, malheureusement… Pour la défense du personnage, elle sert tout de même à ébaucher un discours sur la séduction et le harcèlement de rue. Tiraillée par les injonctions de l’époque, elle se présente comme l’antithèse – un peu grotesque – de Diana. Alors que l’héroïne est pleine d’assurance, courageuse et se soucie peu du regard des autres, Barbara, mal à l’aise et mal habile, est l’invisible, celle qu’on ne remarque pas et qu’on oublie. D’ailleurs, à peine le film a-t-il le temps de la présenter que la jeune femme, gemmologue travaillant sur la fameuse pierre qui exauce les souhaits, fait le voeu de “devenir comme Diana”- eh oui, elle est quand même jalouse malgré sa gentillesse. Ni une, ni deux, Barbare débarque au bureau le lendemain, vêtue d’un pull cintré et de talons. Changement phénoménal ! Problème réglé ! Tout le monde la remarque car il en faut peu pour devenir Diana… Mais quelque chose cloche. 

En parallèle, nous suivons l’ascension – ou plutôt la descente aux enfers derrière le vernis télévisé – de Maxwell Lord (Pedro Pascal), le fameux oil man qui vantait les bienfaits de l’investissement dans le pétrole. Cet homme sent le réchauffé de méchant de Spiderman (le Bouffon vert, peut-être ?). Lors de sa découverte de la pierre qui exauce les vœux (toujours à la Smithsonian), la grosse bande-son, les regards insistants et la respiration lourde révèlent qu’il n’est décidément pas net ce type. Serait-il le grand Méchant ? Effectivement, le film fait le choix de méchants sans trop de panache, qui “font vraiment pitié” en somme. Le scénario se charge de nous faire comprendre, à grand renfort de flashbacks sur les traumatismes de l’enfance, que ce sont des incompris de la société qui, comme Diana, n’y trouvent pas leur place sauf… qu’ils ont choisi de se tourner vers le Mal et le profit personnel (c’est pas bien). Max devient ainsi une sorte d’Iznogood voulant “devenir calife à la place du calife”. Animé par un désir de surconsommation (tiens, tiens, clin d’œil à l’époque ?), il veut toujours plus. Tellement plus qu’il finit par faire le vœu de puissance ultime…

Cette pierre qui exauce les souhaits est ainsi un argument parfait pour se permettre toutes sortes de défis scénaristiques et pourtant… elle mène surtout à la pauvreté de l’intrigue et à des facilités. Nombre d’événements tombent comme un cheveu sur la soupe avec, en tête de liste, le retour magique de l’être aimé. Steve Trevor (Chris Pine) revient pour redonner confiance à Diana, la convaincre qu’il faut vivre et que l’humanité en vaut la peine et surtout lui faire découvrir avec un enthousiasme certain la magie des années 1980 : punks, escalators, tenues extravagantes, métro et breakdance au programme ! De même, à la manière d’une Totally Spy, Wonder Woman obtient des gadgets pimpants pour cette nouvelle mission : un costume ailé doré en mode sirène grecque lui est soudainement attribué pour un combat dantesque et aérien.

Et elle n’est pas la seule à changer d’apparence. La gentille Barbara s’est transformée en panthère super prédatrice, tout en griffes, en taches et en effets spéciaux très moyens : la nouvelle super-méchante Cheetah. Entre elles, c’est tout feu tout flammes : le combat du Beau contre le Laid et du Bien contre le Mal. Eh oui, le message est très clair. 

N’oubliant pas de rappeler que l’intrigue s’inscrit en pleine Guerre froide, le film tente de discourir sur l’influence de la télévision mais en retient surtout – assez artificiellement – la menace de guerre nucléaire. Avec sa narration longue au rythme assez étrange et sa mise en scène manquant de finesse, ce second opus ne marquera malheureusement pas les esprits – ou du moins pas dans le bon sens. Et malheureusement ni Gal Gadot, ni Pedro Pascal ne réussissent à rattraper le film, malgré leur talent. Pour sa défense, Patty Jenkins semble y croire très fort. Espérons qu’elle ne continue pas sur cette lancée car la scène post-générique annonce déjà une suite avec un retour d’Asteria, une autre guerrière amazone. Trop plein de bons sentiments – à l’image de son héroïne -, le film se conclut sur une séquence de fêtes de fin d’année pleine de ralentis et de sourires bienveillants, plus proche de Love Actually (que l’on aime beaucoup) que d’un film de super-héroïne, afin de marquer le décalage avec l’apocalypse tout juste frôlée quelques minutes plus tôt. Wonder Woman 1984 ressemble ainsi (un peu) à un X-Men : Apocalypse (Bryan Singer, 2016) mais en nettement moins bien. Décidément les années 1980 n’ont pas la cote chez les super-héros…

Manon Koken

Wonder Woman 1984
Réalisé par Patty Jenkins
Avec Gal Gadot, Chris Pine, Kristen Wiig
Action, Aventure, Fantastique, Etats-Unis, 2h31
31 mars en VOD, 7 avril en DVD et Blu-Ray
Disponible sur FilmoTV, AppleTV, Google Play, Canal VOD, Rakuten TV, Orange
Distribué par Warner Bros France

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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