[CRITIQUE] Madame Claude

Temps de lecture :  3 minutes.

Paris, fin des années 60. Madame Claude tient un réseau de prostitution qui lui permet d’entretenir des connexions privilégiées auprès des élites politiques du pays. Sans le savoir pourtant, la fin de son empire approche.

Alors qu’aux États-Unis et ailleurs il est désormais courant pour les services de SVOD de compter dans leurs catalogues des contenus originaux de qualité, on ne peut hélas pas en dire autant des productions made in France distribuées sur les plateformes. En nette croissance depuis un an en raison de la fermeture des salles, celles-ci se résument souvent à des films médiocres dont on a cherché à se débarrasser ; faisant des plateformes de SVOD une sorte de poubelle du cinéma français. À côté de la déferlante de stupidités pseudo-comiques (Forte, Brutus vs César, Je te veux moi non plus…), l’arrivée sur Netflix de Madame Claude — film d’époque au casting 4 étoiles — pouvait laisser espérer un tournant positif. Mais qu’en est-il vraiment ?

Triste bordel 

Disons qu’il sera assez facile pour le spectateur d’identifier rapidement les raisons qui ont conduit Wild Bunch à ne pas se battre pour une sortie en salles. En effet, si Madame Claude pouvait faire envie sur le papier, le résultat peine à nous émoustiller ; un comble pour un film censé mêler sexe et politique. 
Sylvie Veryerde a beau avoir déjà filmé le milieu de la prostitution (notamment dans Sex Doll, son film précédent), elle semble ici bien peu inspirée. Que ce soit plastiquement ou au niveau du récit, Madame Claude peine à donner de la matière à son sujet et à incarner les conflits et les problématiques de l’époque qu’il donne à voir. Filmé comme un téléfilm fauché, Madame Claude résume ainsi la vie du bordel à quelques interactions creuses et dénuées de saveur. Le contexte politique est quant à lui complètement évacué tandis que les intrigues politiques de l’époque, ponctuellement évoquées sans plus d’exploration, servent tout juste à justifier la mention au générique de Benjamin Biolay et Pierre Deladonchamps, ici relégués à des caméos de luxe.

69, année… ah non en fait la flemme 

Un peu comme le choix de Karole Rocher (comédienne à la force brute ici totalement mal castée) pour incarner le rôle-titre, il y a en réalité quelque chose de tout à fait aberrant dans Madame Claude. Pour combler les trous laissés par son scénario indigent, le film se pare ainsi d’artifices inutiles pour se donner une personnalité. C’est notamment le cas de sa B.O, qui oscille sans aucune cohérence entre tubes yéyé et une musique électronique contemporaine totalement anecdotique. On notera aussi l’usage omniprésent et irritant d’une voix off complètement laconique qui sert à meubler l’action et à raconter vite fait ce que le film a visiblement la flemme de montrer (dommage, c’est souvent les passages qui auraient pu être intéressants). 

Rarement on aura vu un film qui — par paresse ou incompétence — fait le choix de passer autant à côté de son sujet. Ainsi, si la figure de la véritable Madame Claude reste encore aujourd’hui synonyme d’un insaisissable mystère, elle présente tous les atouts du personnage romanesque. Réaliser un biopic était l’opportunité de raconter une histoire, certes peu reluisante, mais à n’en point douter trépidante, de la Ve République tout en interrogeant la place de ce personnage complexe et ambigu dans la France sexuellement libérée de l’après 68. À la place, la réalisatrice préfère en fil rouge s’attarder sur les interactions de Claude et de son amant ou de sa protégée (Garance Marillier, qui mérite mieux) ; deux relations qui peinent à convaincre tant, à l’image du film, elles semblent désincarnées.

Marine Pallec

Madame Claude
Réalisé par Sylvie Verheyde
Avec Karine Rocher, Garance Marillier, Roschdy Zem
Biopic, France, 1h52
Wild Bunch
2 avril 2021
Disponible sur Netflix

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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