[CRITIQUE] Lina de Lima

Temps de lecture :  3 minutes.

Après avoir dû annuler son édition précédente à cause du premier confinement, le Festival International de Films de Femmes de Créteil a eu le temps de préparer sa nouvelle édition qui se tient en ligne du 2 au 11 avril. Il nous propose une programmation riche à travers trois compétitions internationales (longs-métrages de fiction, de documentaire et courts-métrages), des sélections parallèles, une invitée d’honneur (Aïssa Maiga), des hommages, des débats et des tables rondes. Créé en 1979, ce festival lutte contre toutes formes de discrimination et met en avant des réalisatrices en défendant un cinéma varié et unique du monde entier. Nous vous proposons, cette semaine, de revenir sur nos découvertes.


Comme beaucoup de péruviens, Lina est partie travailler au Chili pour offrir un avenir meilleur à sa famille et surtout à son fils de 15 ans, Junior. Loin des yeux mais jamais loin du cœur, Lina se démène pour trouver des cadeaux à ses proches quelques jours avant les fêtes de Noël.

Lina de Lima est une œuvre singulière dans le panorama de la sélection du Festival du film de Femmes de Créteil. Une originalité résidant d’une part dans sa forme, en alliant le drame à la comédie musicale, mais aussi dans la pertinence de son regard sur le questionnement de la maternité et la figure de la mère.

Dans l’espoir d’une meilleure condition de vie, cette héroïne ordinaire a abandonné ses racines et navigue entre l’impatience de retrouver son fils, et les engagements auprès de la famille chilienne qui l’emploie. Mais plus les années s’écoulent, plus elle devient invisible aux yeux de son fils adolescent. Alors que les fêtes de Noël approchent, Lina réalise la distance qui s’est installée entre elle et son enfant. Échanges moins fréquents, ingratitude, l’enfant prend les sacrifices de sa mère pour acquis et n’accorde plus de reconnaissance aux efforts qu’elle fournit pour subsister à ses besoins. La mère prend conscience de ce délaissement, en particulier en cette période propice aux retrouvailles, à la générosité. La religion, très présente en Amérique Latine, fait ici office de toile de fond et de manière assez pudique. Il s’agit davantage d’un prétexte à l’illumination émancipatrice de Lina vis-à-vis de son rôle de maman attentionnée.

Car si la figure de la mère se délite, c’est celle de la femme qui va se révéler. Face à l’impuissance de cette situation que son fils lui impose, la protagoniste regarde dans une autre direction : elle entame dès lors une réappropriation de son corps et de ses envies. Ses attentions se tournent désormais vers ceux qui sont à même de les recevoir. Elle entretient une relation complice avec la jeune adolescente de ses employeurs et explore sa féminité et sa sexualité à travers diverses rencontres d’un soir. Lina cultive son émancipation avec néanmoins ce goût amer de l’abandon par son enfant. La réalisatrice a choisi une forme d’expression de cette tristesse qui dénote avec le ton de son film. Par l’incorporation de pièces musicales, l’actrice Magaly Solier (Lina) chante et danse les blessures de son personnage. Sorte de voyage initiatique, ces intermèdes graphiques explorent différents tableaux de la féminité : la femme « volage », la natalité dans l’incarnation de la Vierge Marie, un retour à l’enfance avec une séquence en quechua… Le film nous rappelle dès lors que les femmes sont plurielles et leurs interrogations intemporelles.

La réalisatrice Maria Paz Gonzalez pose un regard bienveillant et tout aussi dur sur la vie d’exil de sa protagoniste. Le combat de Lina pour vivre décemment et finalement la déception ressentie dans l’absence totale de reconnaissance dans sa cellule familiale se transpose à l’échelle de la société. L’histoire fait écho aux flux migratoires du continent latino-américains vers le Chili et à tous ces emplois précaires négligés dans les pays d’accueil. Sans dénoncer allègrement les raisons de migrations de ses personnages, le film se permet tout de même de pointer du doigt et surtout de rendre hommage à ces travailleurs et travailleuses de l’ombre qui font partie des piliers de nos sociétés contemporaines.  

Clémence Letort-Lipszyc

Lina de Lima
Réalisé par Maria Paz Gonzalez
Avec Magaly Solier, Emilia Ossandon, Javiera Contador
Drame, Comédie musicale, Chili, Argentine, Pérou, 1h23
2019

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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