[CRITIQUE] Hippocrate – Saison 2

Temps de lecture : 4 minutes

Attention, spoiler alert. Le texte qui suit peut dévoiler certains éléments de l’intrigue.

Une vague de froid s’est abattue sur la France, les hôpitaux sont submergés. Une canalisation a sauté, inondant les Urgences de l’hôpital Poincaré. Les soignants et les malades doivent se replier en médecine interne. Alyson et Hugo poursuivent leur stage dans le service. Chloé fait tout pour revenir pratiquer malgré une santé fragile. Aucun des trois n’a de nouvelles d’Arben, disparu sans laisser un mot. Ils vont devoir affronter un hôpital en crise, sous l’autorité du docteur Olivier Brun, le nouveau chef du service des urgences. 

Après une première saison remarquée et saluée par la critique, la série française de Thomas Lilti, Hippocrate est enfin de retour sur Canal + ! À travers ses huit épisodes, la saison 2 nous embarque au cœur des urgences de l’hôpital Poincaré alors en proie à de nouveaux troubles. Si l’écriture et le tournage ont débuté avant la crise sanitaire qui sévit dans le monde depuis mars 2020, les images que nous montre le réalisateur et ancien médecin raisonnent évidemment avec la situation actuelle.

Avec la crise du COVID-19, sortir une série médicale se voulant réaliste était un exercice périlleux. De l’autre côté de l’Atlantique, les mastodontes du genre tels que Grey’s Anatomy (depuis 2005, Shonda Rhimes), se sont adaptés à la situation en incluant immédiatement dans la storyline, le virus connu de tous. Faute d’un timing adapté, Thomas Lilti n’évoque la crise que dans le dernier épisode. Pourtant, son travail reste pertinent et nous permet de comprendre pourquoi l’hôpital public en est arrivé à un tel point de délabrement et comment la pandémie a fini de le  terrasser.

Ainsi, tout comme dans sa première saison, Hippocrate nous propose une plongée complète dans le monde hospitalier, mais cette fois-ci, le réalisateur va même jusqu’à nous enfermer dans les bâtiments lugubres de Poincaré. Terminées les quelques scènes de vie extérieure observées dans la saison une et qui apparaissaient comme une bouffée d’air frais pour des personnages soumis à la pression quotidienne de l’hôpital. Dans ces huit épisodes, Thomas Lilti n’offre aucune porte de sortie et exploite le thème de l’enfermement de bout en bout, y compris métaphoriquement avec l’apparition d’un nouveau “personnage” surprenant : un lapin trop gros dans une cage trop petite.  À l’image de ce mammifère, les médecins passent littéralement leur vie à l’hôpital et lorsqu’ils ne soignent pas, ils se reposent et se restaurent dans un bâtiment annexe qui, même s’il est le lieu de quelques fêtes, apparaît lui aussi comme un endroit terriblement sinistre. En fait, la seule fenêtre ouverte sur l’extérieur se borne au parking de l’hôpital où le jeune interne Igor (Théo Navarro-Mussy) fait de nombreux tours de voiture pour recharger sa batterie. En soit, nous ne nous éloignons jamais du cœur du problème et de ces urgences bondées qui, d’une certaine façon semblent, elles aussi tourner en rond ; les problèmes sont évidents (manque de personnel, de matériel, d’espace, …) mais ils ne sont jamais réglés.

Le récit de Thomas Lilti ne stagne pas pour autant. Au contraire, le réalisateur a su tirer de cette forme de léthargie de l’hôpital public un rythme qu’il déploie tout au long de la saison. Et si les interventions ne sont pas aussi spectaculaires que celles de Grey’s Anatomy, elles sont d’autant plus passionnantes qu’elles sont réalistes. C’est sans doute là l’une des plus grandes forces de cette série : le réalisateur ne cherche pas à embellir les choses, il n’offre pas une vision idéalisée du métier de médecin. Ce qu’il montre, c’est une réalité qui peut parfois s’avérer dérangeante comme lorsque le choix de sauver une vie plutôt qu’une autre dépend d’un simple formulaire. Ou encore, lorsqu’une erreur, sans doute due au surmenage, mène un jeune homme au suicide. 

Cette nouvelle saison est donc audacieuse tant par sa réalisation parfois proche du documentaire, que dans les thèmes qu’elle aborde comme par exemple, le manque de traitement et de considération des maladies mentales au sein même de l’hôpital. 

Le seul point négatif se situe davantage aux niveaux des personnages. Si on apprécie l’évolution évidente et diamétralement opposée d’Hugo Wagner (Zacharie Chasseriaud) et d’Alyson Lévêque (Alice Belaïdi), qui tous deux prennent de l’assurance, ainsi que l’introduction de nouveaux personnages forts et charismatiques comme Igor Jurozak ou Olivier Brun (Bouli Lanners), on peut regretter le traitement de l’arc narratif d’Arben Bascha (Karim Leklou), personnage fort de la première saison qui, cette fois-ci, n’apporte pas grand chose. Quant à Chloé Antovska (Louise Bourgoin), peu présente en début de saison, elle s’avère (une nouvelle fois) l’un des personnages les plus passionnants de cette série de par ses doutes, sa détresse mutique et son cheminement psychologique (le tout parfaitement servi par le jeu impeccable de l’actrice).

Il suffit de lire les nombreuses critiques dithyrambiques sur cette deuxième saison pour comprendre qu’Hippocrate est sans nul doute l’une des meilleures séries françaises du moment. S’il est évident que la crise du COVID-19 impacte la perception des épisodes, on ne peut nier les nombreuses qualités de l’œuvre de Thomas Lilti.

La question que tout le monde se pose maintenant est de savoir s’il y aura une troisième saison. La fin de la saison 2 laisse à penser que oui ; nous quittons les personnages alors que la crise sanitaire du COVID-19 commence tout juste à l’hôpital Poincaré. De plus, le réalisateur a lui-même confié avoir pensé sa série et ses personnages pour trois saisons. Néanmoins – et bien que l’idée de retrouver Alyson, Chloé, Arben, Hugo et les autres soit alléchante – après le visionnage de la saison 2, nous avons un peu de mal à imaginer ce que Lilti pourrait apporter de plus à ce récit et à l’histoire de ses héros.

Affaire à suivre…

Camille Dubois

  • Hippocrate
  • Créée par Thomas Lilti
  • Drame, Médical, France, 2 saisons, 16 x 50 min
  • Avec Louise Bourgoin, Alice Belaïdi, Zacharie Chasseriaud, Karim Leklou
  • 2018 – en cours
  • Diffusion originale : Canal +
  • La saison 1 est toujours disponible sur Canal +

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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