[CRITIQUE] L’Affaire Collective

Temps de lecture :  3 minutes.

Suite à l’incendie du Colectiv Club en 2015, une discothèque de Bucarest, des personnes meurent à l’hôpital de blessures qui ne mettaient pas leur vie en danger. Le documentaire suit l’équipe d’investigation du journal de la Gazette des Sports puis le nouveau gouvernement mis en place temporairement avant les élections.

Le film d’Alexander Nanau commence par des témoignages émouvants de parents qui ont perdu leurs enfants alors qu’ils avaient survécu à l’incendie du Colectiv Club. L’incompréhension s’ajoute à des problèmes de communication. Ils s’interrogent. Un parent témoigne : son fils aurait pu être sauvé s’il avait été déplacé dans un hôpital à Vienne, mais le transfert a eu lieu trop tard. D’autres acquiescent. Puis, des images de vidéosurveillance : les flammes qui envahissent l’écran, les personnes paniquées qui tentent de s’enfuir. L’ironie ? Le groupe sur scène chante une chanson sur la corruption du pays, ce que va exposer pendant une heure et demie L’Affaire Collective. 

Si le film peut paraître assez classique dans son dispositif, il fonctionne. Après les témoignages et les vidéos qui montrent les jeunes essayant de sortir, le générique fait voir les discours politiques qui ont été proférés à la suite de la catastrophe. Parmi les survivants, 37 meurent à l’hôpital. Des journalistes de la Gazette des sports entendent le témoignage d’une médecin qui refuse de prendre part à la manière dont ont été soignés les malades. Vers dans la peau, draps pour cacher les corps en décomposition de jeunes encore vivants, bactéries qui se développent et qu’ils ne savent pas traiter : les hôpitaux ne peuvent pas prodiguer les soins nécessaires pour les grands brûlés en Roumanie. Le constat est grave et sans équivoque. Mais tandis que le gouvernement fait tout pour cacher cette affaire, les journalistes découvrent des désinfectants dilués à plus de 100 fois la dose prescrite. Le film dans une première partie expose la corruption et le travail des journalistes pour la démasquer. Après une ouverture-choc et émotionnellement difficile, le long-métrage se transforme en film d’enquête, mais c’est réellement dans sa dernière partie qu’il devient novateur et passionnant. Alors que les enquêtes sur les désinfectants affichent l’altération de l’État, le Premier ministre et son gouvernement démissionnent et nous suivons les traces du nouveau ministre de la Santé. Un gouvernement technocrate prend le pouvoir pendant un an et demi avant les prochaines élections. Jeune, impliqué et surtout intègre, ce ministre a peu de temps pour mettre de l’ordre et nettoyer l’hôpital public. Vlad Voiculescu est un économiste d’à peine 35 ans quand il reprend les rênes du ministère. Nous découvrons avec lui l’envers du décor : pots de vin, médecins sans éthique… Le boulot paraît presque impossible. Ce casse-tête qu’il doit résoudre est digne de celui de David contre Goliath, en dépit de sa bonne volonté et de son pouvoir, la tâche est titanesque. Et l’échec assourdissant. Malgré le scandale, les nombreuses preuves et le travail des journalistes et du gouvernement provisoire, l’élection des sociaux-démocrates — parti au pouvoir lors de l’incendie du Colectiv Club — le 4 janvier 2017, tout juste deux ans après l’incendie, est un coup de couteau et l’évidence que même avec toute la volonté, la politique est devenue un monde d’escrocs et de menteurs. 

Ainsi tout cela n’a servi à rien ? La fin du film fait voir les parents et les familles des victimes qui boivent un verre avec les morts. La situation est amère. Le long-métrage montre également une rescapée qui a perdu l’usage de ses doigts et qui a été gravement brûlée. Elle aura survécu aux flammes et à la bactérie qui hante les hôpitaux roumains. Elle ne parle pas beaucoup durant le récit. Mais alors qu’une exposition de photographies la met en valeur, elle répond à une journaliste, qui lui demande comment elle fait, qu’elle n’a pas le choix. Elle n’a pas voulu être comme cela, mais elle fait avec ! C’est son corps maintenant. C’est sa vie. Elle est simplement reconnaissante d’avoir survécu. L’Affaire Collective est un film édifiant et nécessaire qui expose que, quand un pays est gangréné, il ne faut pas uniquement couper les membres infectés, mais travailler de l’intérieur pour avoir une chance de guérison. Si seulement nous pouvions apprendre.

Marine Moutot

L’Affaire Collective
Réalisé par Alexander Nanau
Documentaire, Roumanie, Luxembourg, 1h49
Sophie Dulac Distribution
Prochainement

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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