[CRITIQUE] Judas and the Black Messiah

Temps de lecture : 3 minutes

Judas and the Black Messiah

William « Bill » O’Neal, voleur de voitures à Chicago dans les années 60, se fait coincer par le FBI. L’agent Mitchell lui propose un deal : il évitera la prison s’il accepte d’infiltrer le Black Panther Party, mouvement révolutionnaire afro-américains. Il doit plus particulièrement se rapprocher de Fred Hampton, leader charismatique de la section de l’Illinois. O’Neal va devenir son garde du corps.

Inspiré de faits historiques, Judas and the Black Messiah relate les derniers mois de la vie de Fred Hampton au sein des Black Panthers à travers les yeux de l’homme qui l’a vendu au FBI. Avant un passage remarqué à la 93è cérémonie des Oscars, 6 nominations et 2 récompenses (Meilleur acteur dans un second rôle pour Daniel Kaluuya et Meilleure chanson originale, Fight for You de H.E.R.), le film est présenté en avant-première au festival de Sundance 2021 et offre à son interprète, Kaluuya, une récompense aux Golden Globes : Meilleur acteur dans un second rôle.

Judas and the Black Messiah ne vous étonnera pas dans sa mise en scène. Factuel dans l’exposition des faits, on note même une monotonie, dans la régularité des entretiens entre l’infiltré O’Neal (Lakeith Stanfield) et son agent de référence, dans la représentation des discours d’Hampton (Daniel Kaluuya), dans la succession des altercations entre le parti et la police. Car sa force ne réside pas dans ce qu’il montre au moment de notre visionnage. Le film se veut, comme le leader à qui il rend hommage, porte-parole de la libération de toute une population. Le réalisateur Shaka King a su capter la nécessité, mais aussi la difficulté de parler avec sobriété d’une lutte qui prend aux tripes. 

Côté acteurs, c’est avec intelligence et profondeur que le duo Kaluuya-Stanfield interprète le cœur dramatique du film. On découvre ce jeune leader, adulé par ses partisans et craint par les forces de l’ordre. Ses disciples n’ont pas peur de mourir à ses côtés dans la lutte, et lui-même revendique dédier sa vie au parti. Ainsi Fred Hampton incarne la plus grande peur de J. Edgar Hoover, directeur du FBI à cette époque. Dans ses rapports concernant la surveillance du Black Panther Party, il avertit sur l’arrivée d’un « Black Messiah », et l’urgence de prévenir l’apparition d’une telle figure au sein du parti. Par l’instauration de cette paranoïa et d’une violence constante dans les rues de la ville, le FBI gangrène la lutte du BPP. L’utilisation d’un champ lexical biblique dans le titre et les propos historiques de Hoover n’ont rien d’étonnant. Foi, solidarité, dévotion à la Nation sont inhérents à la culture et l’éducation américaine. À titre d’exemple, le président des États-Unis prête toujours serment sur la Bible lors de son institution.

Le film oscille entre l’énergie fédératrice de l’envoutant Hampton aux slogans emblématiques (« I am … a revolutionnary ! ») repris avec conviction par son audience, et la survie par la trahison de son acolyte O’Neal. D’abord confiant dans ses actions, O’Neal est finalement hanté par la complexité de sa mission d’infiltration. Il symbolise à lui seul l’action du FBI sur le BPP : l’empoisonnement d’une dévotion militante par les stratégies destructrices de l’État. Le long-métrage dresse le portrait de deux héros qui avancent à contre-sens et nous percutent avec leurs idéaux.

On a souvent entendu parler du Black Panther Party mais moins de ses leaders. Judas and the Black Messiah ouvre ainsi les portes d’un pan historique de la lutte des droits civiques afro-américains, et nous rappelle l’importance d’aller plus loin dans son analyse. À ce titre, le documentaire en deux parties d’Arte vous permettra d’aborder l’histoire du parti à travers ses fondateurs Newton et Seale. Quant à I am not your Negro (disponible sur Netflix), il est essentiel dans la recontextualisation des revendications afro-américaines et de tous les silences et les répressions auxquelles elles ont dû faire face.

Une sortie Blu-Ray et DVD est prévue le 9 juin. En attendant, vous pouvez retrouver Judas and the Black Messiah sur Canal à la demande.

Clémence Letort-Lipszyc

Judas and the Black Messiah
Réalisé par Shaka King
Avec Lakeith Stanfield, Daniel Kaluuya, Jessie Plemons
Drame, Biopic, Etats-Unis, 2h06
Warner Bros
Sortie Blu-Ray et DVD le 9 juin 2021
Disponible sur Canal plus à la demande

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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