[DOSSIER MUSIQUE AU CINÉMA] La satire de l’industrie musicale

Temps de lecture : 17 minutes.

Combien de temps s’est écoulé depuis notre dernier concert ? Pourrons-nous un jour à nouveau partager des émotions collectives, les oreilles collées à la sono, une bière entre les mains, le coude du voisin dans la figure ? On l’aura compris, la musique live nous manque. Une bonne raison de redécouvrir au travers de nos écrans, grands ou petits, des œuvres qui placent la musique au centre de leur récit.

La musique, au cinéma, ne se cantonne pas à un récit linéaire et consensuel. Elle revêt autant d’aspects que d’histoires racontées. On lui connaît le célèbre genre de la comédie musicale, support idéal pour élaborer divers sous-textes sociaux. Le biopic, classique ou éclaté, nous donne à connaître la vie d’un artiste, d’un groupe ou d’un genre musical, le temps d’une carrière, d’une année ou même d’une poignée de journées. La musique peut aussi être le sujet du film, la toile de fond du destin de personnages, comme dans le récemment oscarisé Sound of metal (Darius Marder, 2019). Comment faire rimer image et son ?

En avril, le thriller animé Perfect Blue de Satoshi Kon (1999) ressortait en édition DVD (Kazé/Arcadès). Le film explore les affres de la célébrité au travers du destin de la popstar Mima. Également du côté du cinéma japonais, la plateforme Mubi proposait de découvrir le film japonais barré The Legend of the Stardust Brothers (Makoto Tezuka, 1985), récit des pérégrinations d’un duo synthpop extravagant constitué d’un rebelle punk rock et d’un crooner new-wave. Deux films très différents, qui traitent à leur façon des coulisses de l’industrie musicale sous un angle satirique. La satire est une forme très propre au secteur du cinéma, on l’a vu pour Hollywood, de Sunset Boulevard (Billy Wilder, 1950) à Maps to the stars (David Cronenberg, 2014) en passant par Mulholland Drive (David Lynch, 2001). Des classiques régulièrement revisités et analysés. Quid de l’industrie musicale ? Pacte avec le diable, rivalités, aliénation et musiciens à la retraite, retour sur une dizaine de films qui en explorent les rouages avec le ton de la satire. 

 

Devenir une star : Le pacte faustien

Depuis sa mort mystérieuse survenue en 1938 à l’âge de 27 ans, Robert Leroy Johnson reste considéré comme l’un des plus grands guitaristes de tous les temps ; un talent tellement grand qu’il en paraissait surnaturel, tant et si bien que le musicien se vantait d’avoir passé un pacte avec le Diable. Cette thématique faustienne, hautement romanesque, et qui lie le destin de l’artiste à une transaction passée avec le Malin, parcourt en filigrane de nombreuses œuvres cinématographiques. Parfois traité de manière littérale ou évoqué sous l’angle de la métaphore, ce pacte irréversible rappelle que le talent se paye cher et que le succès est souvent synonyme de lourdes conséquences.

Le plus barré : PHANTOM OF THE PARADISE – Brian de Palma, 1974

Hétéroclite, baroque, burlesque, le huitième long métrage de Brian de Palma est la quintessence de la satire de l’industrie musicale portée sur grand écran. Nourri d’apports culturels divers, le film revisite Le Fantôme de l’Opéra de Gaston Leroux (1910), Le Portrait de Dorian Gray (Oscar Wilde, 1890) ou encore le Psychose d’Hitchcock (1960). Doté d’un sens de la parodie particulièrement outrancier, le réalisateur dresse un portrait au vitriol de l’industrie musicale des années 70, alors marquée par l’essor du glam-rock. Swan, interprété par Paul Williams (lui-même célèbre compositeur), se place comme la caricature du producteur sans scrupules qui ne recule devant rien pour s’auréoler de succès. A la tête du bien-nommé Death Records, il dépossède de pauvres musiciens de leurs œuvres originales grâce à des contrats abusifs et fait passer des auditions douteuses à des jeunes filles.

L’opéra composé par Winslow s’intitule Faust, le personnage est symboliquement condamné dès la séquence d’ouverture. Au sein d’un univers copieusement codifié, le Paradise se révèle être l’antre du Diable lui-même, le « Xanadu » de Swan, théâtre d’un conte cruel et tragique. Swan, à la recherche d’une fontaine de jouvence, fait signer à Winslow un contrat de son sang. En réalité, il ne fait que perpétuer le contrat qu’il a lui-même signé avec le Diable, enregistré sur des cassettes vidéo. Il aura beau les dupliquer, les supports matériels ne résistent pas à l’incendie provoqué par Winslow. Le producteur se décompose sur scène au cours de sa cérémonie de mariage avec Phoenix, détruisant littéralement son masque. Une séquence mémorable qui punit un personnage orgueilleux et se joue d’un microcosme vain, celui des paillettes, des paparazzis et de la starification.

Le plus improbable : THE LEGEND OF THE STARDUST BROTHERS – Makoto Tezuka, 1985

Petit cousin halluciné de Phantom of the Paradise signé par Makoto Tezuka (fils du grand mangaka Ozamu Tezuka), The Legend of the Stardust Brothers est loin d’avoir accédé à la même renommée que son homologue américain, cela malgré un fort potentiel de film culte. Loufoque, cartoonesque, et quasi expérimentale, le film de Tezuka raconte l’ascension et les déboires d’un duo de chanteurs formatés par le star system. A cet effet, c’est dans la représentation des machiavéliques producteurs et de l’industrie musicale comme une machine impitoyable, que la satire opérée par Tezuka rejoint celle de De Palma.

En signant un contrat avec un magnat de la musique aussi énigmatique que suspect, les Brothers sacrifient ainsi leur intégrité artistique en échange d’un succès fulgurant mais sans saveur, condamnés à chanter sans répit les mêmes titres abrutissants. Toutefois, point de drame ici : The Legend of the Stardust Brothers reste avant tout une comédie mêlant une esthétique camp et un scénario qui invite le spectateur à suspendre son incrédulité. Naviguant à vue entre la grosse blague et l’accident industriel, le film fait fi de toute subtilité et répond à une logique des plus manichéennes où la satire de l’industrie musicale finit par revêtir l’habit du complot nazi (oui.oui). Fun mais incompréhensible, la bataille finale achève de donner au film ses lettres de noblesse : celles d’un joyeux bordel. 

Le plus contemporain : VOX LUX – Brady Corbet, 2018

Plus sombre, plus réaliste, le deuxième long métrage de Brady Corbet décrit la naissance et la trajectoire accidentée d’une popstar, Celeste. Après avoir réchappé à un attentat perpétré dans son lycée par l’un de ses camarades, la jeune fille de 14 ans compose une chanson. «Plus qu’un hymne, c’était un hit», explique la voix-off (celle de Willem Dafoe) au début du film. Un succès qui propulse Celeste sous les feux des projecteurs, au risque de perdre ses repères et ses liens familiaux. La jeune chanteuse, interprétée tour à tour par Raffey Cassidy et Natalie Portman, porte un nom qui la destinait à la grandeur. Elle troque son innocence, son identité et sa santé mentale contre un destin qui la transcende. Martyr de son époque, sa « voix de lumière » guidera ses fidèles vers des horizons plus calmes. 

Le pacte faustien qui habite ce destin est matérialisé lors du concert final, quand la voix-off explique que la jeune Celeste, entre la vie et la mort au cours de l’attentat, aurait scellé un pacte avec le Diable. En échange de sa vie, elle devrait changer le siècle qui s’ouvrait. Alors que la popstar vieillit, son entourage, lui, semble bénéficier d’une cure de jouvence. Sa sœur aînée est toujours dans sa vingtaine, son manager n’a pas pris une ride et sa fille est son exacte réplique au même âge. Cette invraisemblance dramaturgique place une fois de plus un long-métrage sous le signe du conte moderne, un « portrait du 21ème siècle » entaché par les attentats qui le hantent. Brady Corbet livre une satire triste, celle d’une industrie qui aspire de jeunes âmes pour les faire grandir trop vite, les ériger au rang de déités qui guident le peuple. Il force le trait, mais finalement pas tant que ça. On ne peut s’empêcher de penser au destin de la popstar Britney Spears, brisé par l’omniprésence des paparazzis, et qui fait l’objet du documentaire du New York Times Framing Britney Spears.

Le plus angoissant : OVATION (The Twilight Zone,S2E04) – Ana Lily Amirpour, 2020

Dans cet épisode du remake de The Twilight Zone, emblématique série de science-fiction, la réalisatrice Ana Lily Amirpour (The Bad Batch) – habituée des univers fantastiques – nous plonge dans la fable dystopique. Jasmine – jeune chanteuse talentueuse mais désoeuvrée – se voit un jour confier un mystérieux médaillon par sa popstar préférée avant d’assister au suicide de celle-ci. Cet incident tragique est vite évacué lorsque Jasmine finit par percer dans l’industrie musicale et accède à une célébrité immédiate. 

De manière similaire à The Legend of the Stardust Brothers, le conte de fée auquel semble goûter Jasmine prend vite une tournure empoisonnée. Partout où la jeune femme se met à chanter, des hordes de fans se mettent à applaudir, étouffant du même coup l’expression de son talent. Littéralement muselée par cette célébrité maudite, elle s’enfonce alors dans une spirale infernale composée par la folie et une certaine forme d’addiction, captive de cet état dont elle semble ne pouvoir se défaire. Angoissante à souhait, la morale de cette histoire nous rappelle que, comme dit l’adage : « Bien mal acquis ne profite jamais ». 

Je est un autre : rivalité et aliénation

Sous le joug d’un pacte indéfaisable, les personnages peuvent perdre le contrôle de leur existence. Mais l’emprise peut venir d’une rivalité avec des alter-egos musiciens, puisque le succès n’a pas de recette. Emulations, mégalomanie, guéguerres, l’envie de dépasser son rival mène les personnages à leur perte… jusqu’à les conduire à leur propre aliénation. Crise existentielle, hallucinations, « Je » est un autre quand on ne retrouve plus sa propre identité. Aux temps des cantates, sous les fards du glam-rock ou à l’époque des « girls bands », la rivalité et l’aliénation ne connaissent pas de frontières.

Le plus onirique : VELVET GOLDMINE – Todd Haynes, 1998

Velvet Goldmine suit l’enquête de Stuart (Christian Bale), journaliste chargé de retrouver Brian Slade (Jonathan Rhys Meyers), ancienne idole de la musique, évaporé dix ans auparavant après un faux suicide orchestré durant un concert. Le réalisateur Todd Haynes (Loin du paradis, Carol…) rend hommage à la scène anglaise des 70’s et au glam rock dans une ambiance de perpétuel chaos où se croisent et se mélangent des figures iconiques inspirées de Bowie, Iggy Pop ou Marc Bolan. 

La musique est ici un enfer et un éden, un lieu d’illusion, de réinvention et de perdition. Inspiré par Citizen Kane, le film de Haynes opère comme une fable onirique qui mélange les temporalités et les degrés de réalité et où la création naît dans la débauche. La rivalité prend ici place au centre d’un amour aussi trouble que sulfureux entretenu par Slade et un autre musicien en vogue, Curt Wild (Ewan McGregor). Au cours de cette romance qui ne pouvait prendre forme que dans le climat hallucinatoire des 70’s, le duo iconique se désire et se déteste, se croise et se sépare au fil des hauts et des bas de leurs carrières jusqu’à la fin inéluctable marquée par la mort (fictive) de l’un des deux partis.

Le plus jazzy : WHIPLASH – Damien Chazelle, 2014

Deuxième film et premier succès de Damien Chazelle, Whiplash condense à lui seul toutes les thématiques fétiches à venir de son jeune réalisateur. Sous les traits de Andrew Newman (Miles Teller), batteur de jazz aliéné par son art, se dessine ainsi sans peine l’ébauche du futur personnage – autrement plus sympathique – de Ryan Gosling dans La La Land. On retrouve également au cœur du récit le thème de la passion musicale, jusqu’au-boutiste et dévorante, explorée par Chazelle dans First Man (2018) et Grand Piano (E. Mira, 2013), thriller dont il avait signé le scénario. 

Dans l’univers impitoyable du conservatoire, cette passion prend corps dans la souffrance mais également dans la rivalité : celle qui anime Andrew et les autres élèves du conservatoire mais surtout celle qui s’instaure entre le jeune homme et son mentor, Terence Fletcher (J.K Simmons), chef d’orchestre tyrannique. Dans ce thriller mené tambour battant, Chazelle montre avec virtuosité le duel destructeur et paradoxal qui se joue ici entre les deux perfectionnistes ; l’ironie ultime étant que dans leur lutte insensée maître et élève semblent l’un comme l’autre oublier ce qui fait le sel même du jazz : la coopération. 

Le plus drôle : AMADEUS – Milos Forman, 1984

Tiré d’une pièce de théâtre de Pouchkine, le multi-oscarisé Amadeus de Milos Forman sort en 1984. Sur le ton de la comédie, il dresse le portrait d’Antonio Salieri, éternel concurrent de Mozart à la cour de l’empereur Joseph II à Vienne, qui vouera sa vie à la musique mais restera dans l’ombre. Sur le ton de la comédie, Milos Forman raconte l’arrivée de Mozart à la cour de Vienne. La première rencontre entre Salieri et Mozart est particulièrement drôle. « Quand on est doué, cela se lit-il sur le visage ? » s’interroge la voix off du musicien italien. C’est alors que débarque Mozart, badinant allègrement sous une table de banquet avec sa promise. Pas tout à fait le portrait que l’on se faisait du talentueux compositeur, ayant achevé sa première pièce musicale à l’âge de cinq ans. 

Un peu délirant, Mozart est dépeint comme un homme hédoniste, amateur de perruque, au rire particulièrement sonore et grotesque. Milos Forman reconnaît avoir pris des libertés avec les faits historiques, au service d’une fable satirique, celle du talent confronté au génie, celle de la jalousie et du remords de Salieri. Plus qu’un simple biopic, Amadeus illustre les affres du succès dans un milieu ultra compétitif. Salieri accompagne Mozart jusque sur son lit de mort, intéressé par l’idée de vivre des miettes d’un succès commun avec le mourant, en vain. Le film aurait par ailleurs pu s’intituler « Salieri », mais, comme un pied-de-nez supplémentaire au compositeur contrarié, Forman évince le nom de Salieri, qui n’aura jamais pu sortir de l’ombre de son concurrent.

Le plus sombre : PERFECT BLUE – Satoshi Kon, 1999, 1h21

Exit la comédie, la satire de l’industrie musicale atteint son paroxysme sur le ton du thriller dans le très sombre film d’animation Perfect Blue de Satoshi Kon. On y suit la popstar Mima, qui décide de mettre fin à sa carrière de chanteuse pour devenir actrice. En proie à des hallucinations, harcelée par des menaces et témoin de meurtres dans son entourage, sa vie devient alors un cauchemar. Perfect Blue est construit comme un miroir, une médaille dont les deux faces sont constituées de la réalité et de la fiction du film « Double bind » dans lequel joue la protagoniste. Le montage alterné brouille les repères du spectateur, qui, à l’instar du personnage, peine à dissocier le vrai du faux. L’aliénation s’incarne dans le double maléfique que Mima aperçoit dans sa vie privée et qui la pourchasse.  Le réalisateur pointe les dangers de la starification de femmes et d’hommes érigés au rang d’idoles nationales dans le cadre de l’émergence des boys bands ou des girls bands de J-pop. Il use de l’image très brutale du viol que subit le personnage de « Double bind » pour suggérer la perte d’identité de la star. Mima en vient à demander à son agent Rumi si elle a réellement du sang sur les mains, en quête d’une sensation réelle.

Mima appartient désormais à son public, qui désapprouve sa nouvelle image plus sulfureuse. Les convictions de la jeune femme vacillent, elle est loin de se douter que son agente représente son plus grand danger. Envahie par un trouble dissociatif de l’identité, cette dernière est persuadée d’être dans la peau de son idole, qu’elle représente depuis plusieurs années. Satoshi Kon interroge les dérives d’un système de notoriété et ses dommages collatéraux, à l’heure de l’avènement d’une omniscience et d’une transparence permises par internet. L’anonymisation et le caractère fantomatique des acteurs de cette nouvelle communauté mondiale seront interrogés dans plusieurs longs-métrages, dont le mémorable Kairo de Kiyoshi Kurosawa, sorti deux ans après Perfect Blue (2001).

Déconstruire les idoles

Dans l’imaginaire collectif la célébrité s’accompagne de gloire ou d’excès mais c’est oublier qu’elle peut-être avant tout un fardeau. Comment en effet continuer à exister en dehors de son statut d’idole ? Comment mener une vie normale autrement qu’en trouvant la chute ?  Du mockumentaire au drame en passant par la comédie romantique, ces films tentent par la parodie ou une approche plus naturaliste de déconstruire les symboles et le mythe de la star. 

Le plus fake : I’M STILL HERE : THE LOST YEAR OF JOAQUIN PHOENIX – Casey Affleck, 2010

Comment mieux se moquer d’une industrie qu’en l’infiltrant dans la réalité ? Challenge accepté, Casey Affleck et Joaquin Phoenix décident en 2010 de faire une grosse blague à Hollywood. Peu après avoir terminé la promotion du magnifique Two Lovers de James Gray, Joaquin Phoenix annonce sur les plateaux et les tapis rouges qu’il se retire du cinéma pour entamer une carrière dans…le hip-hop. Une reconversion absurde, tout le monde en convient, mais pas si inconcevable – l’acteur a effectué un tour de chant vertigineux dans Walk the line quelques années auparavant (James Mangold, 2005).

La rumeur enfle, Casey Affleck entame son mockumentaire (faux documentaire). Le concept est audacieux, son contenu reste en revanche très discutable. Joaquin Phoenix se compose d’abord un style douteux puis adopte les comportements les plus stéréotypés des stars du hip-hop. Drogue, alcool, sexe, tout y passe. On retiendra quelques scènes lunaires et gênantes dans le studio de P.Diddy, catastrophé par la proposition musicale de Phoenix ou sur le plateau de David Letterman. Joaquin Phoenix, sans doute un peu désespéré et emprunt d’un sens de l’autodérision à toute épreuve, va jusqu’au bout de sa proposition et termine son sabotage en se produisant sur scène à Miami. L’année d’absence interminable de Joaquin Phoenix aurait pu mettre sa carrière d’acteur en péril. Le mockumentaire fera figure d’un Borat triste et, soyons honnêtes, plutôt dispensable.

Le plus rock n’ roll : THIS IS SPINAL TAP – Rob Reiner, 1984

D’un mockumentaire à l’autre, il n’y a qu’un pas. Celui-ci n’est pas des moindre puisque This is Spinal Tap s’inscrit comme l’un des pionniers du genre. Inspiré par des groupes comme Led Zeppelin et Metallica, le film nous plonge dans l’intimité d’un faux groupe de heavy metal un peu passé de mode qui s’apprête à débuter une tournée à travers les USA. Avec ses dialogues presque entièrement improvisés et son humour totalement absurde, le film de Rob Reiner singe les clichés autour de la rock and roll way of life en faisant la part belle aux excès en tout genre. 

Entre trahisons, amitiés, moments de bravoure et combustions instantanées, la satire effectuée par This is Spinal Tap est aussi hilarante que bourrée d’affect. Derrière les pérégrinations du groupe, Rob Reiner montre ainsi la réalité délirante d’une bande de mecs totalement paumés qui opèrent la plupart du temps sur une mince frontière entre le génie et une débilité candide mais réjouissante. En mélangeant savoureusement la parodie au soap opera pour aboutir à une véritable lettre d’amour dédiée à une certaine période du rock alors contemporaine  et que l’on ne savait pas encore mythique. 

Le plus borderline : HER SMELL – Alex Ross Perry, 2019, 2h14

Dans Her Smell, magnifique film d’Alex Ross Perry sorti sur nos écrans en 2019, le réalisateur met en scène Elisabeth Moss dans la peau de Becky Something, rockeuse grunge abîmée par la célébrité et la drogue qui finit par trouver son salut dans le retour à l’anonymat. Film à l’ambiance cacophonique et étouffante, Her Smell joint le fond et la forme pour transmettre aux spectateurs le climat malade qui règne sur la psychée de Becky. Adulée par ses fans, elle apparaît en surface au sommet de sa gloire alors que ses relations avec sa famille et les acolytes de son groupe se décomposent en coulisse, dévorées par ses addictions et son alter ego. 

Là où des films comme Velvet Goldmine s’intéressent avant tout à la construction des idoles, Alex Ross Perry gratte quant à lui sous la surface du vernis écaillé de son anti-héroïne pour tenter de retrouver la femme qui, parce qu’elle ne peut plus vivre en tant qu’elle-même, s’enfonce dans la drogue et le mysticisme. Si le portrait qu’il dresse n’est pas toujours des plus sympathiques et que le doute persiste quant à la “rédemption” finale de Becky, Her Smell demeure néanmoins une expérience rare et éprouvante, assez unique en son genre. 

Le plus mélancolique : THIS MUST BE THE PLACE – Paolo Sorrentino, 2011, 1h58

Cheyenne est une ancienne star du rock. A 50 ans, il a conservé un look gothique, et vit de ses rentes à Dublin. La mort de son père, avec lequel il avait coupé les ponts, le ramène à New York. This Must Be The Place est malheureusement un peu raté et foutraque. Il est tout de même intéressant de le citer pour son bel hommage aux grandes figures du rock. Le chanteur de The Cure Robert Smith trouve son alter ego désabusé en la personne de Sean Penn. Une transformation de la tignasse à la voix, servie par un rire contenu plutôt comique. Cheyenne incarne une forme de satire de l’industrie musicale, celle du musicien retiré vivant de ses rentes, comblé matériellement mais en proie à un ennui inexorable et insoluble. Cet énergumène mutique mais touchant effraie les grands-mères dans les supermarchés et joue au squash dans sa piscine creusée. On retrouve ici les thématiques chères au réalisateur italien, celles de la crise existentielle et du poids de la religion.

Mais tout dérape quand Cheyenne se lance sur les traces du tortionnaire nazi qui a humilié son père. Le road-trip est sans queue ni tête et frise le ridicule par moments. Mais tout de même accompagné par une photographie impeccable et un joli casting, This must be the place est bercé par de grands classiques du rock (The Talking Heads, qui en ont inspiré le titre) ainsi qu’une bande-originale mélancolique de David Byrne et Will Oldham. Une œuvre curieuse, maladroite, devant laquelle on ne sait plus sur quel pied danser.

Le plus déhanché : LE COME-BACK – Marc Lawrence, 2007, 1h43

S’il serait aisé de vouloir reléguer Le Come Back au rayon des comédies romantiques un peu passables qui viennent ponctuellement agrémenter la carrière de Hugh Grant, cela serait néanmoins bien mal juger ce petit film réalisé par Marc Lawrence, collaborateur régulier de l’acteur. Passé une scène d’introduction mémorable, Le Come Back dresse le portrait d’Alex Fletcher, ancien membre d’un boys band célèbre dans les années 80 et dont la carrière se résume désormais à l’animation de Bar Mitzvah et aux inaugurations de supermarchés. 

Si le film reste avant tout une romance guidée par la relation entre Fletcher et sa parolière, Sophie (Drew Barrymore), il ne manque pas d’imagination lorsqu’il s’agit de tourner en dérision ce côté un peu obscur de la fame qui survient une fois les projecteurs éteints et que l’on est à deux doigts de participer à une émission de téléréalité douteuse pour garder un minimum de visibilité. Lawrence ne manque également pas décorner les icônes de la pop moderne au travers du personnage de Cora Corman – jouée assez brillamment par Haley Bennett (Kaboom, Swallow…) dans son premier rôle – sorte d’ersatz de Britney et de Shakira, ingénue hypersexualisée obsédée par les charts. Sans jamais tomber dans le misérabilisme, Le Come Back reste à ce jour une petite bulle sympathique, à la fois pleine de fraîcheur et d’humour.

 

Entre pactes machiavéliques, producteurs véreux, rivalités en tout genre et hasbeen déchus, les films cités dans ce dossier explorent une réalité au-delà de la célébrité et du glamour qui accompagnent en surface le destin de la star. Du génie d’Amadeus aux rockeurs paumés de This is Spinal Tap en passant par l’héroïne au bord de la folie de Perfect Blue, ils offrent une galerie de protagoniste brisés ou en pleine ascension, habités une même passion mais qui parfois portent également leur statut de star comme un fardeau. 

Même si rien ne saurait remplacer l’émotion d’un concert live, nous avons souhaité ici vous inviter au voyage. Ainsi, qu’elle soit douce ou tragique, dystopique ou comique, la satire de l’industrie musicale traverse les genres et se compose au cinéma sur plusieurs rythmes et tonalités. Néanmoins, quel que soit leur univers, ces récits divers s’accordent pour décrire un milieu aussi captivant que dévorant ; une chimère faite de mythes et de fascination mais aussi de destructions. 

Marine Pallec & Lucie Dachary.


Phantom of the Paradise
Réalisé par Brian De Palma
Avec Jessica Harper, William Finley, Paul Williams
1974, Etats-Unis, 1h32
Solaris Distribution
Disponible en VoDsur MyCanal

The Legend of the Stardust Brothers
Réalisé par Makoto Tezuka
Avec Shingo Kubota, Issay, Kiyohiko Ozaki, Kyoko Togawa
1885, Japon, 1h40
Disponible en VoD sur MUBI

Vox Lux
Réalisé par Brady Corbet
Avec Natalie Portman, Raffey Cassidy, Jude Law, Stacy Martin
2018, Etats-Unis, 1h50
Neon Distribution
Disponible en VOD ou SVoD sur UniversCiné, MyCanal et Orange

OVATION (The Twilight Zone,S2E04)
Réalisé par Ana Lily Amirpour
Avec Jurnee Smollett, Tawny Newsome, Sky Ferreira
2020, Etats-Unis, 45′
Disponible en SVoD sur MyCanal

Velvet Goldmine
Réalisé par Todd Haynes
Avec Jonathan Rhys-Meyers, Christian Bale, Ewan McGregor
1998, Americano-britannique, 2h00
ARP Sélection
Disponible uniquement en DVD/Blu-Ray

Whiplash
Réalisé par Damien Chazelle
Avec J.K.Simmons, Miles Teller 
2014, Etats-Unis, 1h47
Ad Vitam
Disponible en VoD sur Universciné, Orange, La Toile….

Amadeus
Réalisé par Milos Forman 
Avec Billy Crystal et Meg Ryan
1984, Etats-Unis, 3h00
Warner Bros
Disponible en VoD et SVoD sur UniversCiné, La Cinetek, Canal

Perfect Blue
Réalisé par Satoshi Kon
Animation
1999, Japon, 1h21 
Splendor Films
Disponible en VoD et SVoD SUR ADN, Orange

I’m still here : The lost year of Joaquin Phoenix
Réalisé par Casey Affleck
Avec Joaquin Phoenix
2010, Etats-Unis,1h48
CTV International
Disponible en Vod et SVoD sur UniversCiné, Orange, Canal

This is Spinal Tap
Réalisé par Rob Reiner
Avec Rob Reiner, Christopher Guest, Michael McKean
1984, Etats-Unis, 1h22
Carlotta Films
Disponible en Vod sur MyCanal

Her Smell
Réalisé par Alex Ross Perry
Avec Elisabeth Moss, Dan Stevens, Cara Delevingne
2019, Etats-Unis, 2h14
Potemkine Films
Disponible en Vod sur Universciné, MyCanal

This Must be the Place
Réalisé par Paolo Sorrentino
Avec Sean Penn, Frances McDormand, Judd Hirsch
2011, France, Irlande, Italie, 1h58
ARP Sélection
Disponible en VoD et SVoD sur UniversCiné, Orange, MyCanal

Le Come-back
Réalisé par Mark Lawrence
Avec Hugh Grant, Drew Barrymore, Brad Garrett
2007, Etats-Unis, 1h43
Warner Bros
Disponible en VoD sur Amazon Prime, My Canal, FilmoTV…

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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