Retour sur la 9e édition du Festival Ojoloco

Temps de lecture : 5 minutes

Dans la lignée des reconversions digitales, la 9e édition du festival de cinéma ibérique et latino-américain de Grenoble, Ojoloco se tient cette année en ligne du 18 au 30 mai. Cette année, il propose plus de 20 films ibériques et latino-américains via trois compétitions (Fiction, Documentaire et Courts-Métrages) et leurs cycles Patrimoine cubain et Espacio femenino. 

Créé en 2013 par l’association Fa Sol Latino, le festival a pour objectif de faire connaître l’histoire, la culture et l’actualité ibériques et latino-américaines à travers le cinéma indépendant et d’auteur pour faire découvrir un autre type de récits. Il se déroule normalement à Grenoble et dans différents lieux en Isère. Le cinéma principal est le Méliès. Cette année, un peu particulière, a fait que la 9ème édition était hybride : le Méliès a pu accueillir certaines séances grâce à la réouverture des lieux culturels et d’autres films ont été disponibles sur une plateforme de VOD. 

Chaque année, trois prix du public sont décernés : meilleure fiction, meilleur documentaire et meilleur court-métrage. Les lauréats de ces prix et les coups de cœur de l’équipe du festival sont par la suite diffusés dans des cinémas art & essais en dehors de Grenoble qui a mené à la création d’une maison de distribution : Plátano Films.

Fort de ces initiatives, nous vous proposons de découvrir quelques films disponibles pendant cette neuvième édition.

Lauréat de la 9e édition

Prix du public de la compétition documentaire
EL AGENTE TOPO de Maite Alberdi
Prix du public de la compétition fiction
MAMÁ, MAMÁ, MAMÁ de Sol Berruezo
Prix du jury étudiants de la compétition fiction
LA SABIDURÍA de Eduardo Pinto
Prix du jury étudiants et du prix du public de la compétition courts-métrages
EL TAMAÑO DE LAS COSAS de Carlos Felipe Montoya

Compétition officielle

Chaco (Diego Mondaca, 2020)

En 1934, en plein conflit aux frontières de la Bolivie et du Paraguay, un général allemand est à la tête d’une mission de reconnaissance. Folie, soif et faim sont le quotidien de ce régiment aux illusions perdues.  

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 Loin des effusions de sang et des corps à corps, le film se concentre sur une mission en marge des champs de bataille. L’ennemi paraguayen hors de vue, une dizaine de soldats et leur supérieur Hans Kundt migrent en territoire hostile à sa recherche. L’errance et l’incertitude de leur mission guident ces hommes vers leur perdition. Diego Mondaca pose un regard chirurgical sur la descente aux enfers de ses protagonistes. Entre souffrance physique et psychique, les soldats marchent dans un décor brut où la violence ne vient plus de l’ennemi, mais de l’absurdité de leurs ordres. Chacun s’accroche pourtant à cette vaine mission dans l’espoir de retrouver un sens à ce que la guerre a brisé en eux. Clin d’œil évident au cinéma de Herzog, en particulier Aguirre la colère de Dieu (1972), Chaco s’inspire honorablement de cette tragédie où la folie semble être la seule réponse. Délesté de tout artifice musical, la violence sèche comme les plaines du décor berce ce film pertinent tant dans son sujet que dans ses choix artistiques.

Ella es Cristina (Gonzalo Maza, 2020)

Cristina est une comédienne un peu perdue dans sa vie. Alors qu’elle est en plein divorce de Ruben, un homme imbu de lui-même et égoïste, elle tombe dans les bras d’un metteur en scène arrogant et puéril.

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Scénariste du magnifique film de Sebastián Lelio, Une femme fantastique, pour lequel il remporte l’Ours d’argent du meilleur scénario à la Berlinale 2017, Gonzalo Maza réalise son premier long-métrage. Ella es Cristina raconte la quête d’une femme pour se libérer des hommes et trouver sa propre voix. 

Dans un beau noir et blanc et si le film est assez classique, il montre deux parcours féminins totalement différents. Si Cristina est soumise au désir des hommes plutôt qu’au sien, sa meilleure amie essaye de son côté à réapprendre à faire confiance aux autres. Après une dispute, les deux femmes se séparent et ne peuvent plus se soutenir. Cristina va au plus mal quand elle sort avec un metteur en scène qui ne pense qu’à lui, colérique et violent. Et tandis que son amie se reconstruit en adoptant des chiens pour leur offrir un refuge, elle sombre de plus en plus dans la dépendance allant jusqu’à accepter le pire. Pourtant, Cristina s’émancipe et reprend confiance en elle au contact de son amie. Ella es Cristina est un film sur l’entraide féminine. Un peu gauche et amateur dans sa mise en scène, le long-métrage aurait mérité un peu plus de finesse.

Mamá, mamá, mamá (Sol Berruezo Pichon-Rivière, 2020)

Cleo vient de perdre sa petite sœur, Erin. Alors que les vacances se déroulent paisiblement, elle ne se sent pas à sa place parmi ses cousines qui ne semblent pas touchées par la mort d’Erin. Cleo n’a que sa mère qui peut comprendre, mais celle-ci a sombré dans un état de dépression.

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Pour son premier long-métrage, la jeune réalisatrice argentine, Sol Berruezo, décide de filmer le deuil et les différentes formes qu’il prend au sein d’une même famille. À travers Cleo, elle raconte aussi l’histoire d’une jeune fille qui doit apprendre à grandir sans l’aide de sa mère. Film sororal, la cinéaste ne montre pas de père ou d’homme — les seuls personnages masculins servent de prétexte à attester que la plus grande des cousines commence à devenir désirable pour les hommes alors qu’elle n’a que 15 ans. Elle filme des femmes. De tous les âges, ces protagonistes féminins forment un ensemble. Et quand la mère n’arrive plus à être présente pour sa fille, c’est la grande cousine qui prend la relève. Elle explique, avec une métaphore à la fois belle et dérangeante, les règles à Cleo. La mort habite toutes les strasses du long-métrage qui possède une délicatesse touchante. Avec ces teintes bleutées et sa musique, Mama, Mama, Mama, manque pourtant d’onirisme et de profondeur.

La Sabiduría (Eduardo Pinto, 2019)

Mara, Tini et Luz partent en week-end à la campagne. Elles séjournent au ranch « La Sabiduría ». Alors qu’elles aspirent à des retrouvailles festives et conviviales, leur hôte les convie à un rituel macabre où les croyances anciennes régissent la vie et les relations humaines.

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La Sabiduría jouit d’une ambiance envoûtante et d’une photographie exemplaire. En effet, son réalisateur Eduardo Pinto a fait ses débuts en tant que chef opérateur. Cette proposition visuelle est en symbiose avec son sujet : c’est lors d’une soirée singulière que le destin des trois amies va basculer. Elles représentent la ville, le bruit, l’hyper-connexion et le progressisme. Face à elle, les hommes incarnent la ruralité, les traditions et l’archaïsme dans les relations femmes-hommes. Le film oppose ainsi les sexes dans un combat sans merci. Mais les qualités sonores et visuelles ne parviennent pas à lever le voile sur l’opacité du scénario. Cette histoire à la violence et aux motivations gratuites semblent être un prétexte à l’exploration de cet univers léché. Certes domine cette féminité forte, certes la tension réussit à nous retenir jusqu’au bout. Cependant, peu de sentiments subsistent, à part la réjouissance d’avoir eu devant les yeux un bel objet cinématographique, et la déception de ne pas avoir eu une exploration plus pertinente de la dénonciation de l’invasion coloniale sur les terres ancestrales, fond de toile de cette histoire de vengeance et de justice.

 

Retrouvez également notre critique de Lina de Lima de Maria Paz Gonzalez

Clémence Letort-Lipszyc et Marine Moutot

Mamá, mamá, mamá 
Réalisé par Sol Berruezo Pichon-Rivère
Avec Agustina Milstein, Chloé Cherchyk, Camila Zolezzi
Argentine, 1h05
2020

La Sabiduría
Réalisé par Eduardo Pinto
Avec  Sofía Gala Castiglione, Analía Couceyro, Paloma Contreras
Drame, Thriller, Argentine, 1h29
2019

Chaco
Réalisé par Diego Mondaca
Avec Pablo Rivero, Omar Calisaya, Hernan Pari Salome
Drame, Bolivie, Argentine 1h17
2020

Ella es Cristina
Réalisé par Gonzalo Maza
Avec Mariana Derderian, Paloma Salas, Roberto Farías, Néstor Cantillana
Chili, 1h25
2020

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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