[CRITIQUE] Le Procès de l’herboriste

Temps de lecture : 3 minutes.

Jan Mikolášek, guérisseur, connaît le secret des plantes. À la suite de la Seconde Guerre mondiale, alors qu’il a réussi à survivre au régime nazi en soignant de hauts fonctionnaires, les communistes décident de le faire tomber. Il est accusé d’avoir tué deux dignitaires staliniens. 

Après le puissant L’Ombre de Staline, la cinéaste polonaise Agnieszka Holland revient une nouvelle fois avec une histoire sur un homme en décalage avec son temps. Elle conte le récit de Jan Mikolášek, guérisseur anticonformiste et riche que le régime communiste élimina. La force de son long-métrage est de dresser le portrait d’un homme ambigu qui ne pouvait vivre qu’en soignant, non pas parce qu’il était juste, mais parce qu’il était doué. Guérir était son talent. À travers cette figure, elle expose également le gouvernement stalinien totalitaire, sombre et manipulateur. Tout en nuance, la réalisatrice offre une nouvelle fois un film pertinent même si moins fort que son œuvre précédente. 

Inspiré d’une histoire vraie, Le Procès de l’herboriste raconte le parcours inhabituel de Jan Mikolášek qui, grâce aux plantes, guérit enfants, femmes et hommes. Il attire tous les jours une foule de gens venus des quatre coins de la Tchécoslovaquie et cela attise la jalousie du régime communiste. En utilisant le procédé assez classique du flashback, la cinéaste parvient à montrer toutes les facettes de cet homme. Le film commence assez rapidement par son arrestation. Puis peu à peu, nous découvrons qui est ce guérisseur froid et antipathique. Tout juste sorti de l’adolescence, il a dû tuer un déserteur pendant la Première Guerre mondiale, puis il a sauvé de l’amputation sa jeune sœur grâce à sa connaissance des plantes. Ensuite, ce fut son éducation auprès d’une vieille dame et les débuts de sa clinique qui lui apporte la fortune. Son histoire homosexuelle avec son assistant, son abnégation pour son art et l’abnégation qu’il exige des gens. Renié par sa famille, imbu de lui-même, ce n’est pas un homme tendre seul contre tous, bien au contraire. La cinéaste prend soin de ne jamais en faire un martyr, elle préfère étudier l’emprise qu’il  a sur les personnes qui l’entourent. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il n’a aucun scrupule à soigner de hauts fonctionnaires nazis, tout en finançant en parallèle la résistance. Dans un flashback dur, il abuse de son assistant — qui devient, par la suite, son compagnon — qui finit par céder au bout d’un long moment de lutte. Pour contrebalancer cette face sombre d’un homme égoïste, la cinéaste filme également leurs moments de plénitude dans des couleurs chatoyantes. Il reste ainsi l’image d’un homme talentueux qui demande un dévouement total à lui et à son entreprise.    

En parallèle de ce portrait, Agnieszka Holland dénonce le comportement de l’État totalitaire communiste tout puissant. Si elle n’est pas tendre face au guérisseur, elle l’est encore moins face au régime stalinien. Tandis que la sécurité de l’État crée un dossier de toute pièce pour le faire incarcérer, elle expose aussi les défaillances d’un régime omnipotent. Jan Mikolášek représente un danger pour le gouvernement. Il fait sa loi et critique le système médical déficitaire de l’U.R.S.S. L’ulcère qui gangrène son pays est pour lui le communisme. Il n’hésite pas à faire front, à faire face et à afficher, non seulement son talent, mais son aisance financière dans une nation où tout le monde doit avoir le même niveau de vie. 

Une fois encore, la mise en scène de la cinéaste vient appuyer son propos. Plutôt qu’utiliser un style classique, elle joue sur les couleurs, les ombres et les mouvements. Si les séquences des interrogatoires et du procès sont très grises, c’est pour rappeler les immeubles communistes. Ces teintes donnent également un aspect triste et dépréciateur à l’ensemble. Les seuls moments où des tons plus chauds viennent contrebalancer cet effet sont quand le guérisseur analyse à l’œil nu les flacons d’urine pour déterminer les maladies dont sont atteints ses patients. La construction des flashbacks est, de même, basée sur cette opposition. Avant de trouver sa voie et d’aller étudier, les teintes sont sombres et au fur et à mesure qu’il prend conscience de son talent et de ses capacités, les tons sont plus clairs et plus chauds. Le long-métrage oscille ainsi entre les deux atmosphères. L’une plus sombre, moments de dénonciation du régime, l’une plus lumineuse, moments mis au service des guérisons et du savoir. De plus, la cinéaste s’appuie sur une utilisation parcimonieuse et intelligente de la musique.

Le Procès de l’herboriste expose et explore l’âme humaine dans une période trouble, celle de l’après-guerre. Grande cinéaste des ravages que l’être humain peut causer à d’autres êtres, Agnieszka Holland réussit une nouvelle fois son pari de réaliser un film dense, dur et pénétrant.

Marine Moutot

Le Procès de l’herboriste
Réalisé par Agnieszka Holland
Avec  Ivan Trojan, Josef Trojan, Juraj Loj
Drame, Biopic, Pologne, République Tchèque, Irlande, Slovaquie, 1h58
KMBO
30 juin 2021

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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