[CRITIQUE] France

Temps de lecture : 2 minutes.

France est une journaliste télévisuelle au sommet. Admirée et adulée, elle règne avec grâce sur son petit monde. Mais un jour, elle renverse un jeune homme et sa vie s’écroule.

Bruno Dumont aime être en décalage. En décidant d’ancrer son récit dans le monde médiatique et journalistique, le cinéaste français explore la théâtralité d’un milieu. Son héroïne, incarnée par Léa Seydoux — dont les vêtements sont une fois encore magnifiques —, est une journaliste télévisuelle d’une chaîne d’info en continu. Avec son émission phare, Un regard sur le monde, elle invite à décortiquer notre société en proposant des reportages uniques dans le feu de l’action. Mais, et c’est là la force du film, tout n’est que mise en scène. Critique acerbe des médias, France se positionne toujours face à la journaliste. Son prénom, France, renvoie par ailleurs à notre pays. Dans ce pays qui a connu de nombreuses luttes et crises (Gilets jaunes, hôpitaux à bout, crise sanitaire), les médias ont joué un rôle important dans la désinformation et le mensonge. France, sans aller aussi loin — il s’agit surtout du portrait d’une femme au bord de la crise de nerfs —, invite également à réfléchir autour de l’information et des images que l’on nous montre à longueur de temps. Présenté en Compétition au Festival de Cannes 2021, France invite à la réflexion tout en décevant. 

Le film s’ouvre sur une scène assez folle, qui annonce que la mise en scène sera dans l’artificialité comme le propos du récit. France se rend à l’Élysée pour participer à un débat avec le président Emmanuel Macron. Dans un montage alterné, la journaliste questionne et le président répond. Nous avons conscience qu’il s’agit de montage — et l’incrustation de l’actrice, par moment, aidant —, mais le cinéaste en joue. Ce n’est pas la seule séquence où les effets visuels détachent les personnages du décor ou créent un décalage avec l’environnement. La première fois que nous la voyons sur place pour réaliser un reportage, tout est rivé sur elle. Elle commande aux personnes (positions stéréotypées, actions clichées), demande à être en permanence dans l’image, à faire du sujet son histoire. Au centre, elle crée un film qui la met en valeur et raconte ce qu’elle veut que les spectateur.trice.s voient. Ce regard sur le monde qu’elle pose est tronqué, truqué et déformé, au prisme de son statut social et de sa notoriété.

France est le portrait d’une femme qui prend conscience de sa propre vacuité et qui en joue. Autour d’elle, elle a réussi à construire une vie qui repose sur le vide. Son mari, interprété par Benjamin Biolay, est écrivain et ne la regarde plus. Son fils est pire. Pourtant, elle ne leur renvoie aucun amour ni aucune compassion. Les relations sont brisées. Les liens qui les unissent ne reposent que sur l’argent et le luxe. Elle a perdu la réalité des choses. C’est pour cette raison que quand elle renverse un jeune garçon, elle va essayer d’aider la famille : c’est-à-dire leur donner de l’argent. Cet accident semble lui faire perdre pied et lui montrer une autre facette de la France. Alors elle pleure. Les larmes sur son visage sont cinématographiques et renvoient indéniablement à une prise de conscience. L’évolution du personnage est d’ailleurs intéressante, car à travers les rencontres qui la mettent hors de sa zone de confort, elle renforce sa position et son amour propre. Elle renforce son pouvoir. À ses côtés, son agent, Lou (Blanche Gardin, excellente) la sert fidèlement et lui renvoie l’estime dont elle a besoin pour se sentir puissante. 

France n’arrive pourtant pas à la hauteur de la critique. Bruno Dumont ne parvient pas à faire durer son récit. Alors que la première partie du film était rythmée et passionnante, la deuxième partie traîne en longueur. Au moment où France s’effondre sous le coup de sa propre suffisance, la critique devient doucereuse, moins incisive. Et à la manière de la scène de l’accident de voiture qui s’étend à ne plus en finir, le long-métrage nous éreinte. La scène finale arrive presque trop tard et tout ce cinéma nous semble alors un peu vain.

Marine Moutot

France
Réalisé par Bruno Dumont
Avec Léa Seydoux, Blanche Gardin, Benjamin Biolay
Comédie dramatique, France, Allemagne, Belgique, Italie, 2020, 2h14
ARP Sélection
25 août 2021

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

Un avis sur « [CRITIQUE] France »

  1. Vain des le début dirais-je, Dumont se montre nettement moins à l’aise hors de son territoire. Pour preuve, il ne retrouve sa force tellurique que lors d’une séquence tardive dans le Nord. Le reste n’est que superpositions de clichés et d’artifices, empilement de personnages grotesques (l’amant en imper gagné la Palme du ridicule) qui font perdre de vue l’intention critique initiale.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :