[CRITIQUE] Lamb

Temps de lecture : 3 minutes.

Ce film a été découvert à la sélection Un Certain Regard du Festival de Cannes 2021. Petite immersion dans cette journée de festival par ici

María et Ingvar vivent en autarcie dans une ferme islandaise où ils élèvent des moutons. Un jour, ils découvrent un nouveau-né à l’apparence bien étrange. Ils décident alors de l’élever comme leur enfant. Le bonheur touche alors ce foyer marqué par le deuil. Pour quelque temps seulement…

Lamb s’ouvre sur la neige et la brume recouvrant les terres islandaises pour en les transformer en paysage mystique. Dans un lent travelling avant, les silhouettes poneys se dessinent. Une respiration lourde et inquiétante se fait entendre. Alors qu’il ne semble y avoir âme qui vive à proximité en cette nuit de Noël, la mystérieuse présence observe une étable de moutons, avant d’y pénétrer. La réaction des bêtes, magnifiquement filmées à leur hauteur, nous confirme nos craintes : il n’y a rien d’humain dans cette apparition. Le film annonce la couleur avec cette très belle ouverture de film de monstre qui n’est pas sans rappeler celle de Teddy (Ludovic et Zoran Boukherma, 2020) : attente et hors champs animeront la mise en scène. 

Un couple d’éleveurs isolé, qui s’aime mais n’arrive pas à avoir d’enfant, reçoit un don du ciel qui réenchante leur quotidien. Finissant par commettre une erreur, les deux protagonistes sont punis d’une manière terrible. Rapidement, Lamb nous fait comprendre, par un découpage en chapitre et des éléments clefs du genre, que nous sommes dans un conte. Auquel se mêlerait la mythologie scandinave ? La question reste en suspens. 

De leur silence naît l’étrangeté, renforcée par le visage anguleux aux traits d’une beauté irréelle de Noomi Rapace incarnant María. Tout semble trop lisse, comme figé dans le temps, en accord avec la magnificence des paysages islandais embrumés et infinis où les prairies rases succèdent aux crêtes enneigées. Le tout est à couper le souffle, parfaitement cadré comme les magnifiques scènes parmi les animaux. Vous l’aurez compris, le travail de mise en scène est juste superbe et nous ne nous lassons pas de perdre notre regard dans ces étendues fascinantes, lieux propices au mystique.

Malgré ce travail splendide sur l’image, la narration, extrêmement simple, ne démarre jamais. Jamais on ne s’attache à María, ni à Ingvar son mari. Nous ne cessons d’attendre que quelque chose se passe et nos espoirs sont sans cesse déçus. Une tentative est faite par l’irruption inattendue d’une tierce personne dans ce tableau figé : Pétur, le frère d’Ingvar. Rockeur un peu rebelle, il semble devoir perturber le quotidien du couple mais cela ne fonctionne pas et il repart aussi simplement qu’il est arrivé. 

A trois vouloir cultiver le suspense, Lamb rate son effet et fatigue le spectateur. De même que la longue attente avant de découvrir le physique mi-humain mi-animal d’Ada, la fille adoptive du couple, n’était vraiment pas nécessaire, celle ménagée avant l’aboutissement du récit ne fonctionne pas. Nous devinons tout avant même que cela arrive. La seule étrangeté ressentie est celle de voir des humains traiter un agneau comme un nouveau-né.

Pourquoi donc Lamb refuse-t-il de créer un contexte parallèle ? Ou de construire un lien plus assumé avec le conte et la mythologie scandinave ? Le mystère reste entier. Autant de pistes qui auraient pu être abordées avec intelligence sans perdre la beauté formelle et contemplative du film nous viennent à l’esprit. Le résultat est une véritable déception. Lamb se conclut comme il s’était ouvert, comme si finalement rien ne s’était réellement passé. La perfection de la mise en scène ne parvient pas à faire oublier l’absence totale de narration. Une forme plus courte aurait sûrement été bien plus adaptée…

Manon Koken

Lamb
Réalisé par Valdimar Jóhannsson
Avec Noomi Rapace, Hilmir Snær Guðnason, Björn Hlynur Haraldsson
Fantastique, Drame, Islande, 2021, 1h46
29 décembre 2021
The Joker

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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