[PROJECTION TRANSITION] Princesse Mononoké

Temps de lecture : 6 minutes.

Projection Transition est un festival de ciné-débat sur la transition bas carbone créé par les bénévoles des Shifters. Pour sa deuxième édition, le festival prend ses quartiers à Nantes, Paris et Toulouse. 

Du 19 au 21 novembre 2021, au Ciné Pôle Sud à Nantes, au Club de l’Étoile à Paris et aux cinémas Utopia à Borderouge et Tournefeuille à Toulouse, venez découvrir ou redécouvrir avec un nouveau regard 6 films et séries grand public – L’Odyssée, Princesse Mononoké, Les Combattants, Dark Waters, la série L’Effondrement et V pour Vendetta !

Après Princesse Mononoké, un débat vous sera proposé autour de « l’Homme e(s)t la nature : comment repenser notre rapport au vivant ? » : 
« Même si l’action de Princesse Mononoké se déroule dans le Japon médiéval, la portée de son message est universelle. À travers le combat entre humains et bêtes sauvages, c’est le développement de l’espèce humaine au détriment de la nature que Miyazaki interroge. En surexploitant la nature comme il le fait, l’Homme détruit son environnement, et ce faisant, s’autodétruit. C’est ce que répète la communauté scientifique depuis plus de 50 ans en nous alertant sur les conséquences de la destruction des écosystèmes par l’Homme. Si l’on ne peut nier les progrès accomplis, nous sommes arrivés à un point de rupture avec la nature. Nos vies urbaines, mondialisées ont abouti à une séparation de l’Homme avec son environnement et cette déconnexion nous a fait oublier les processus naturels dont nous dépendons : cycle du carbone, de l’eau, des sols, de reproduction des espèces, pollinisation, or nous ne sommes ni au-dessus, ni à côté de la Nature mais bien en dedans. Nous sommes la Nature et si nous ne voulons pas disparaitre par la poursuite de notre orgueil et notre omniscience, nous devons repenser notre rapport au vivant et faire en sorte que l’espèce humaine n’ait plus une vision utilitariste de la nature. Il nous faudra sans doute questionner aussi la conception généralement admise du progrès. »

Pour réserver votre place pour Princesse Mononoké, qui aura lieu le samedi 20 novembre à 14h c’est ici pour Nantes, Paris et Toulouse

Plus d’informations sur le festival Projection Transition ici


Ashitaka, jeune archer de la tribu des Emishis, est blessé à la suite de l’attaque d’un sanglier-démon. Alors que la blessure infectée semble se propager, il quitte son village pour chercher une réponse. Sur son chemin, il fait la connaissance de San, «Princesse Mononoké», une jeune femme élevée par les loups, mais également de Dame Eboshi qui dirige des forges à l’orée de la forêt.

Le film débute sur une phrase annonciatrice de la catastrophe qui se joue dans le monde depuis l’apparition de l’être humain : « Autrefois la forêt recouvrait tout le pays ». La musique sombre et le paysage brumeux accentuent ce constat. Dessin animé emblématique de la dénonciation de l’action des humains sur la Nature, Princesse Mononoké est un long-métrage puissant et cathartique. 

Dès l’ouverture, les paysages luxuriants de la forêt où vivent les Emishis cachent déjà l’ombre inquiétante des ravages humains. Le monstre qui traverse et détruit la nature est l’œuvre des dégâts de la technologie. Avant, Dieu-sanglier, Naro a été transformé en Dieu maléfique à cause d’une blessure dûe à une arme à feu. Ses dernières paroles expriment le ressentiment qu’il a contre nous : « vous êtes des humains dégoûtants, vous allez goûter à ma haine et ma souffrance ». Dans le film japonais d’Hayao Miyazaki, le rapport aux humains et à la nature est complexe. Loin d’être manichéen, le récit expose toute l’ambivalence de l’humain face à son environnement. Ashitaka porte sur lui la haine de Naro après l’avoir tué pour protéger son village. Bon, juste, il souhaite comprendre le monde qui l’entoure et ne condamne personne. Il fait le lien entre les deux personnages féminins du récit : San, la Princesse démone (Mononoke pouvant signifier démon), élevée par les loups, qui défend la forêt et ses habitants, et Dame Eboshi, qui dirige les forges et tente d’annexer la forêt en tuant le Dieu-cerf. Le récit expose la dualité en chacun des personnages, tant Ashitaka, Dame Eboshi que le Dieu-cerf, protecteur de la forêt, mais qui, quand il se transforme en créature matérielle, laisse périr la nature à chaque pas. Chacun.e est rongé.e par un mal qui les empêche de se comprendre et de cohabiter. La marque sur le bras d’Ashitaka qui se répand au fur et à mesure, qui grossit sous la colère et lui confère une force surnaturelle, va le détruire. Cette blessure représente la haine. Dans l’une des premières confrontations entre Mononoké et Eboshi, il s’interpose et expose son bras maléfique au peuple de la forge. Il veut faire entendre à quel point le combat entre la forêt et la technologie est vain, sourd et séparé seulement par la haine et l’incompréhension. 

Cette dualité humaine transcende le paysage. Alors que les premiers plans montrent une forêt luxuriante, qu’Ashikata traverse une nature tranquille, les abords de la forge sont gris et déserts. La biodiversité que l’on croise tout au long du film a entièrement disparu, comme engloutie par la forge dont le feu ne doit jamais s’arrêter. La marche humaine semble alors instoppable et monstrueuse. Si Dame Eboshi souhaite conquérir la forêt en tuant les dieux qui l’habitent, c’est semble-t-il pour rendre les bois accueillants et moins dangereux. Pourtant, plus que par la paix et la discussion, c’est par la destruction qu’elle désire conquérir. Elle représente l’avancée du monde, en étant progressiste : elle offre la liberté aux femmes par le travail et elle respecte les malades. Cependant les armes qu’elle utilise : camouflage, piège, bombes, armes à feu, montre qu’elle désire aussi annexer ce qui l’entoure pour l’avoir sous son contrôle. Ses intentions ne sont pas mauvaises, mais ses actes sont injustes et terribles — elle tire avec un canon puissant sur des orangs-outans qui viennent replanter des arbres la nuit, l’action, violente et disproportionnée, est cruelle et surtout stupide. Elle ne comprend pas qu’elle a besoin de la forêt et des Dieux qui la composent. 

Dans une autre séquence, les ourangs-outans tentent de manger Ashitaka pour avoir la force des humains et ainsi expulser les soldats de la forêt. Ils ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes après avoir planté et replanté sans cesse les arbres qui ne repoussent plus. Fatigués, harassés, ils ne voient pas d’autres solutions que de devenir comme leurs agresseurs. Pourtant, le film n’oublie pas de nous rappeler que c’est seulement ensemble que nous pourrons gagner. Ce n’est pas en détruisant les humains que les ourangs-outans, les loups et les sangliers pourront être en paix, ce n’est pas en tuant les dieux qui protègent la forêt que les humains sortiront vainqueur. Il n’existe pas d’ennemi à part nous-même. À l’intérieur des protagonistes coexistent à la fois le bon et la haine, l’altérité et la cupidité. À souhaiter toujours plus par la destruction, personne n’y gagne. Mononoké et Ashitaka représentent ce lien entre deux mondes que tout oppose. 

Princesse Mononoké montre comment chaque entité, qu’elle soit animale ou humaine, s’est coupée de l’autre. Dans un dialogue impossible, la violence est une impasse. Le monde est divisé de chaque côté : l’Empereur attaque la forge qui est devenue trop puissante, les sangliers partent seuls contre les soldats de Dame Eboshi. Allégorie des luttes pour trouver sa place dans un écosystème, le film nous apprend, encore (et surtout) aujourd’hui, que nous ne pouvons pas nous couper de nos racines (la Nature, la forêt et les êtres mystiques qui l’habitent) et nous retrancher derrière des murs gris et froids. Nos villes sont les forges du Japon médiéval.

Marine Moutot

Pour repenser notre rapport à la nature, ce film est l’un des meilleurs outils que nous ayons. Avec le festival Projection Transition venez débattre et apprendre le samedi 20 novembre à 14h.

Les intervenant.e.s sont : 

À Nantes : 
Débat animé par Céline Guilloit – Bénévole de l’association The Shifters
Guy Bourles – Président de la LPO Loire-Atlantique
Gwen Michel – Militant engagé
Géraldine Molina – Chercheuse au CNRS, Docteur en Géographie et Urbanisme – Aménagement de l’Espace

À Paris : 
Débat animé par Marine Yzquierdo – Avocate et Administratrice de l’association Notre Affaire à Tous
Stacy Algrain – Fondatrice de Penser L’après
Damien Deville- Docteur en géographie et anthropologie de la nature et Coprésident de l’Archipel des Alizées
Albane Godard – Directrice Générale de la Fondation GoodPlanet
Victor Noël – Militant pour la protection de la biodiversité, auteur du blog de Victor

À Toulouse
Débat animé par Samy Zeggane – Bénévole de l’association The Shifters
Laure Laffont – Géochimiste au Laboratoire Géosciences Environnement Toulouse et membre de l’atelier d’Écologie Politique de Toulouse
Philippe Pointereau – Agronome et Délégué au développement chez Solagro
Jean-François Simonin – Philosophe, spécialiste des questions d’anticipation, consultant dans l’industrie et les hautes technologies


Princesse Mononoké
Réalisé par Hayao Miyasaki
Animation, Japon, 1977, 2h15

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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