[CRITIQUE] West Side Story

Temps de lecture : 4 minutes.

Dans les années 50, deux bandes rivales s’affrontent dans les rues de New York. Les Jets, menés par Riff, issus de l’immigration irlandaise, mènent la vie dure aux Sharks. Ces derniers sont portoricains et détestent une chose à New York : les Jets. Au milieu de ces rixes naît un amour inattendu : celui de Tony et Maria. Tony est l’ancien leader repenti des Jets et Maria est la sœur de Bernardo, le chef de gang des Sharks. Tout les oppose et pourtant, lors d’une soirée dansante, ils ne peuvent ignorer leur alchimie naissante. De cette rencontre, émergent des rendez-vous secrets, règlements de comptes et une fatalité irrévocable. 

West Side Story est une comédie musicale écrite en 1957 par de grands noms de Broadway : Leonard Bernstein, Stephen Sondheim et Arthur Laurents. Quatre ans plus tard et suite à son succès, le musical a droit à son adaptation sur grand écran. Une fois encore, c’est un triomphe, avec plus d’une dizaine d’Oscars au compteur. Qu’en sera-t-il de sa nouvelle version ? En 2021, un grand réalisateur s’attaque à ce grand film. Steven Spielberg (E.T., l’extra-terrestre, 1982 ; Il faut sauver le soldat Ryan, 1998 ; Arrête-moi si tu peux, 2002) accompagné des compositeurs originaux, propose une nouvelle adaptation, plus grandiose, plus moderne. Le scénario n’a pas changé, les chansons non plus, tout y est – la technologie du XXIème siècle en plus.

L’histoire est restée strictement la même que dans la première version, pas celle de 1957, mais celle de 1597. En effet, West Side Story est ni plus ni moins qu’une adaptation musicale de Roméo et Juliette de William Shakespeare. Certes, le récit de fond est identique entre 1961 et 2021, mais la structure, les personnages et les mises en scènes ont été écrites par le dramaturge anglais. Il existe quand même quelques différences subtiles. Par exemple, certains personnages sont réécrits à la marge par rapport à l’histoire originale mais cela ne modifie pas fondamentalement le récit. Le choix de la conformité au texte original est d’ailleurs assumée. La scène du balcon entre Tony et Maria s’intitule toujours “Balcony Scene” dans la version de 2021. Cependant, l’époque étant différente, le propos a été adapté et est davantage politique. Les Jets et les Sharks se déchirent pour leur territoire. Ces deux bandes sont issues de l’immigration et la cohabitation à New York n’est pas facile. Cela fait évidemment plus écho à la situation actuelle. Les affrontements assombrissent la ville et les dommages collatéraux sont nombreux. 

Là où les deux films divergent le plus, c’est dans la forme. Steven Spielberg ravive les couleurs de cette comédie musicale d’un coup de baguette magique. Avec un budget estimé à 100 millions de dollars, le spectacle est au rendez-vous. Ne serait-ce que pour la scène de la rencontre entre Tony et Maria. Là où Robert Wise avait flouté et ralenti le monde autour des deux amoureux quand leurs regards se croisent pour la première fois lors de la scène du bal, Steven Spielberg modernise le procédé et ajoute de la complexité dans cette scène culte en conservant un rythme élevé.
Les décors sont majoritairement les mêmes que dans la version de 1961. Mais la qualité de l’image et la photographie permettent au spectateur d’être au cœur du film. Le réalisateur nous plonge dans les rues de New York avec une aisance déconcertante, pour ensuite nous emmener à Broadway avec un numéro de danse époustouflant qui nous donne l’impulsion d’applaudir à chaque fin de prestation. C’est impressionnant ce qu’il est possible de faire avec quelques accessoires et du talent. 

Les procédés de narration utilisés sont des classiques du cinéma, salués par la critique et ce, depuis des siècles car William Shakespeare passait par les mêmes techniques pour rythmer son récit. Par exemple, on retrouve les passages brusques entre la comédie à la tragédie, typiques des drames théâtraux. Peu de risques ont été pris dans cette nouvelle version. Mais c’est ce qui rend le film si réconfortant. Les féru.e.s de comédies musicales (ou plutôt de drames musicaux) retrouveront tou.te.s leurs repères. À la différence du film de 1961, ce sont bien les acteurs et actrices qui interprètent toutes les chansons.
Natalie Wood et Richard Beymer étaient Maria et Tony sous la direction de Robert Wise. C’est au tour d’Ansel Elgort (Nos Étoiles Contraires, Josh Boone, 2014 ; Baby Driver, Edgar Wright, 2017) et de Rachel Zegler, dont c’est la première apparition au cinéma, de faire leur entrée. Ces deux artistes ont déjà été remarqués par le passé pour leur talent de chanteur. Ce qui est bien sûr confirmé ici. À ce casting, s’ajoutent des talents notoires de la scène musicale. On retrouve Ariana DeBose dans le rôle d’Anita, habituée des comédies musicales (Hamilton : An American Musical, 2015). L’actrice qui jouait Anita en 1961, Rita Moreno, est d’ailleurs présente dans le film puisqu’elle interprète le rôle de Valentina, protectrice de Tony. Ce personnage n’existait pas dans la version précédente mais peut tout à fait être assimilé à celui du Frère Laurent dans Roméo et Juliette. Quant à Riff, le meilleur ami de Tony, il est joué par Mike Faist, nommé au Tony Awards pour son rôle de Connor Murphy dans Dear Evan Hansen (2015). Tout ce beau monde illumine le film par son talent et sa poésie. 

Énergique, lyrique, magnifique, ce conte musical continue de confirmer son intemporalité pour une nouvelle génération. Tous les ingrédients sont réunis pour en faire un grand film : passer du rire aux larmes en quelques secondes, une direction artistique spectaculaire avec une lumière si maîtrisée qu’on oublie que nous sommes dans une salle de cinéma, des mélodies qui donnent envie de tomber amoureux à chaque coin de rue… Une adaptation réussie et nécessaire qui rend hommage à ce classique de Broadway qui peut désormais compter sur une version contemporaine pour représenter toute son excellence. 

Déborah Mattana

West Side Story
Réalisé par Steven Spielberg
Avec Ansel Elgort, Rachel Zegler, Ariana DeBose 
Drame musical, Etats-Unis, 2021, 2h37
20th Century Fox
Actuellement en salles

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

3 commentaires sur « [CRITIQUE] West Side Story »

  1. Totalement ébloui par cette nouvelle, je ne peux qu’applaudir à tout rompre cette chronique du film si juste et très bien tournée. Spielberg ne fait pas que dépoussiérer, il rénove, il fait dialoguer le propos universel d’une œuvre avec notre époque. La mise à distance historique qui pourtant touche à des problématiques actuelles (rejoignant ainsi le parti-pris du dernier Ridley Scott) permet autant un regard nostalgique que poétique. Tout semble être identique et pourtant jamais donner l’impression d’une redite. Même les chansons résonnent autrement, reprennent de la vigueur. C’est un magnifique travail qu’ont fait Spielberg et son équipe.

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