[DÉFI] Un bon film dans lequel quelqu’un donne un coup de pied de rage

Une femme s’évanouit de manière théâtrale, un objet roule doucement au sol en gros plan, des inconnus fomentent un plan machiavélique juste à côté des concernés… Le cinéma est rempli de motifs, parfois récurrents, qui intriguent et s’impriment dans nos esprits. Le deuxième mardi de chaque mois, nous vous proposons le défi “Un bon film avec…” : chaque rédactrice dénichera un film en lien avec un thème (plus ou moins) absurde mais qui vient naturellement à l’esprit. Pourquoi ces images s’imposent-elles ? Quel sens recouvrent-t-elles dans notre imaginaire ? Et dans l’œuvre ? Les retrouve-t-on dans un genre précis ? Comment deviennent-elles des clichés ?


/! Cet article peut contenir des spoilers. /!

Temps de lecture : 4 minutes

Quand on pense au pied dans le cinéma, souvent vient l’érotisation qu’en ont fait beaucoup de cinéastes (comme Quentin Tarantino à travers sa filmographie, jusqu’à l’overdose). Cela fait également penser au mouvement à travers la danse, la marche ou encore la course. Le pied peut aussi devenir un arme fatale, comme quand Bruce Lee l’utilise dans ces nombreux combats. 

Dans La Fureur de vaincre (Lou Wei, 1972), le jeune combattant est de plus animé par la vengeance et la haine des japonais, ce qui rend ses frappes incisives et rageuses. C’est au fur et à mesure de sa carrière cinématographique, que Bruce Lee apprendra à se maîtriser et à utiliser ses coups à bon escient. Dans un film comme Memories of murder (Bong Joon Ho, 2004), le coup de pied est là pour exprimer une colère, un énervement qui n’est pas maîtrisé et peut parfois faire aussi mal à celui qui donne qu’à celui qui le reçoit. Dans ce film coréen, ceux qui envoient avec rage ces coups de pieds font partie des forces de l’ordre. La violence vient combler un déficit, celle d’une police impuissante face aux meurtres commis. Parmi les scènes de coup de pied, il y a celle dans la forêt quand le jeune Kwang-ho Baek, un garçon handicapé, est accusé d’être le violeur et assassin. Alors qu’il décrit les scènes de meurtres enregistrés sur un magnétophone par le détéctive Doo-man Park, impulsif et incompétent, le jeune homme se trompe et ne dit pas ce que le policier veut entendre. Doo-man lui assène alors un violent coup de pied de colère. 

La violence est donc inhérente aux coups de pied, mais elle ne prend pas toujours le même sens. Cela peut être une violence sourde contre un système, une situation, ou dirigé contre une personne ou un groupe d’individus. De plus, le coup de pied de rage peut également être tourné en dérision comme dans les cartoons de Tex Avery où un personnage tape avec véhémence dans un objet avant de voir son gros orteil de pied gonflé de manière disproportionnée. Comme si le personnage était puni de son excès de colère. Le coup de pied peut également être fait en traître, comme dans le combat final dans Scott Pilgrim (Edgar Wright, 2010) où le méchant énervé d’avoir avalé son chewing-gum donne un violent coup dans le dos d’une des combattantes. Ce coup de pied montre le caractère néfaste et puéril de l’antagoniste. 

Pour ce défi, nous avons décidé d’analyser une séquence du film français Les Combattants de Thomas Cailley.

Et surtout n’oubliez pas de voter à la fin de l’article.

Les Combattants, Thomas Cailley, 2014

Dans une ville au bord de la mer dans le Sud de la France, Arnaud travaille dans l’entreprise familiale de construction en bois à la suite de la mort de son père. Un jour, il rencontre Madeleine qui la fascine à tel point qu’il la suit quand elle intègre l’armée.

Tout oppose les personnages d’Arnaud (interprété par Kevin Azaïs) et de Madeleine (Adèle Haenel). En réalisant ce premier film, le cinéaste français Thomas Cailley souhaitait montrer une génération en perte de repère. Les catastrophes à venir se rapprochent et le dérèglement climatique n’est qu’une catastrophe parmi d’autres. Innovateur pour l’époque — même si le film n’a que 7 ans, nous percevons bien que des changements en profondeur se sont passés depuis : la prise de conscience a eu lieu —, Les Combattants exprime l’inquiétude et la colère d’une certaine jeunesse. 

Les deux protagonistes ne s’entendent pas — quand bien même Arnaud a une fascination pour Madeleine. C’est quand la jeune femme réalise qu’elle a trop tardé pour s’inscrire à l’armée, que les deux se rapprochent. Arnaud, alors qu’il travaille, lui propose de l’amener dans la ville voisine avec sa moto. Mais une fois devant le camion, celui-ci est fermé. Après un court instant, Madeleine vient frapper avec rage dans un poteau portant le drapeau français qui tombe alors à terre. Le bruit fait sortir le militaire. Madeleine se calme et se conforme même aux injonctions de l’officier. Elle aide Arnaud à relever le drapeau, enlève son casque. Cette séquence courte met en opposition les comportements des deux jeunes gens. Alors que Madeleine est dans l’impatience, le stress et l’urgence — d’où le coup de pied quand elle voit que la place déserte — Arnaud est calme, posé et dans l’attente. Sans lui, Madeleine n’aurait pas pu s’inscrire à son stage dans l’armée.

Copie de Photogrammes x8

Le coup de pied vient ici exprimer un mal-être profond dans une société qui n’écoute pas la parole d’une partie de la jeunesse. Brute, sèche, Madeleine n’a pas le temps. Elle doit se préparer à la suite : un monde qui s’effondre et où seul.e.s les survivalistes parviendront à survivre. Pour Madeleine, l’armée et le stage de préparation qu’elle veut faire, lui permettront d’acquérir de nouvelles techniques de combat. Elle voit dans l’armée un moyen d’arriver à ses fins. Son monde est un monde violent où l’on doit apprendre à nager avec des poids sur les épaules, où l’on doit manger un poisson entier, où l’amour et l’altruisme sont totalement absents, ainsi quand elle arrive devant le camion fermé, la violence est la seule solution. En face, Arnaud semble se laisser vivre et n’avoir aucune volonté. Il vaque, regarde, et prend ce qu’on lui donne. Arnaud va apprendre à Madeleine à prendre le temps de vivre, à ne rien faire, à juste être là dans la nature. Et Madeleine va offrir à Arnaud un cadre, un moyen de se rebeller contre une vie qu’il ne veut pas forcément. 

De plus, Madeleine ne donne pas son coup de pied dans n’importe quoi. Il s’agit du drapeau français, qu’elle fait tomber. Métaphore d’un ordre qu’il faut renverser, ce drapeau représente un pays qui va mal. La rage de la jeune femme se tourne alors tout entier vers une société, des idéaux, une manière de vivre qui ne conviennent plus.

Marine Moutot


Les Combattants
Réalisé par Thomas Cailley
Avec Adèle Haenel, Kévin Azaïs, Brigitte Roüan
Comédie, Drame, France, 2014, 1h38
Haut et court

 

A partir de 2022, retrouvez de nouvelles pépites tous les deux mois. On vous donne rendez-vous le mardi 8 février 2022 pour vous proposer plusieurs bons films dans lesquels un personnage observe l’action à travers un écran. 

Vous aussi, mettez-nous au défi de dénicher des films en rapport avec votre thème, en votant pour le Défi #32 avant le 7 février 2022. Vous pouvez également proposer de nouveaux thèmes en commentaire ou sur les réseaux sociaux.

 

 

 

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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