[TOP] Top 2021 de l’équipe

Cette année 2021 fut encore funeste pour les cinémas. Après une fermeture fin octobre 2020, il fallut attendre le 19 mai 2021 pour retrouver l’obscurité des salles cinématographiques. Les sorties sans cesse repoussées ont crée de véritables embouteillages à la réouverture. Le temps d’exploitation a dû être réduit et nombre de longs métrages ont fini par sortir en VOD. Pourtant, ces sept mois d’ouverture des cinémas ont permis la découverte de belles œuvres, toujours plus riches et inventives, tout en faisant la part belle aux plateformes. 

Que retiendra-t-on de cette année ? 

Alors que le festival de Cannes a eu lieu sous le soleil chaud de juillet au lieu de l’habituel mois de mai, c’est la deuxième fois qu’une cinéaste est récompensée par la Palme d’or : Julia Ducournau et son incisif Titane. Ce sont également des films forts, ayant à cœur de mettre en lumière les phénomènes sociétaux actuels, qui ont bouleversé notre quotidien. Ce fut tout d’abord Nomadland de la cinéaste chinoise Chloé Zhao, sorti à quelques semaines de la réouverture des salles, retraçant le parcours des déclassés de la société américaine sur fond de dénonciation des industries humainement et écologiquement voraces. L’année se termine avec le puissant Don’t look Up d’Adam McKay traitant du déni de la crise écologique à travers la métaphore d’une comète menaçant la Terre. Mis en ligne le 24 décembre sur la plateforme Netflix, ce n’est pas un geste anodin pour cette fin d’année et nous espérons que le film éveillera les consciences.
Comme chaque année, les adaptations littéraires de qualité ont été nombreuses et réjouissantes, avec Illusions Perdues adapté d’Honoré de Balzac et L’Événement d’Annie Ernaux (également mise à l’honneur avec le film Passion Simple). 
Certains blockbusters ont “sauvé” les salles de cinéma en réalisant d’importantes entrées. Mourir peut attendre de Cary Joji Fukunaga est enfin sorti sur les écrans et a conclu en beauté l’incarnation de James Bond par Daniel Craig, tandis que Kaamelott – Premier Volet d’Alexandre Astier a lancé en fanfare le début d’une saga française (et déchaîné les passions avec le défi d’un cinéphile de le voir 203 fois). Dune de Denis Villeneuve (également une adaptation réussie) nous a transporté dans un autre univers et a réussi son pari : la deuxième partie va bientôt entrer en tournage. Spiderman : No Way Home de Jon Watts a quand à lui battu des records d’entrées dans un contexte difficile, ce qui n’est pas le cas du nouveau Matrix Resurrection de Lana Wachowski dont les entrées sont particulièrement décevantes pour le studio (mais peut-être pas pour la cinéaste qui souhaite en finir avec la saga ?). 

Et du côté des actrices et acteurs ? 

Une nouvelle fois de nombreux interprètes ont marqué cette année particulière. Parmi celles et ceux qui nous ont le plus touchés, il y a : Vincent Lacoste, Benjamin Voisin, Jeanne Balibar et Xavier Dolan dans Illusions perdues de Xavier Giannoli, Benedict Cumberbatch, cet acteur-caméléon, toujours aussi bon dans The Power of the Dog et également dans le dernier Spiderman, Anthony Bajon, parfait loup-garou dans le Teddy des frères Boukherma, Pio Marmaï, qui nous avait déjà convaincues l’année dernière et qui, cette année, a été de partout, de la série En thérapie, aux films L’événement, Comment je suis devenu un super-héros et La Fracture, et bien évidemment Timothée Chalamet dont l’incarnation de Paul Atréides dans Dune l’a fait connaître à un plus large public, mais également ses rôles dans The French Dispatch de Wes Anderson et Don’t Look Up d’Adam McKay. Noée Abita prouve une nouvelle fois son talent grâce à sa performance dans Slalom de Charlène Favier, Vicky Krieps dans Serre moi fort de Mathieu Amalric et Virginie Efira, toujours, même dans Benedetta de Paul Verhoeven qui a divisé la rédaction. L’année 2021 a également eu son lot de révélations, comme Simon Helberg, jusqu’alors passé inaperçu à nos yeux et principalement connu pour son rôle dans The Big Bang Theory, nous a impressionnées par son jeu magistral dans la magnifique séquence de direction d’orchestre d’Annette de Leos Carax, Riz Ahmed et Amir Jadidi, respectivement dans Sound of Metal de Darius Marder et Un héros d’Asghar Farhadi et Anamaria Vartolomei et Renate Reinsve dans L’Evénement et Julie (en 12 chapitres).

Cette année encore, nous vous proposons sept films choisis par chacune de nos rédactrices.

Pour plus de conseils, vous pouvez retrouver nos coups de cœur 2018, 2019, 2020 et notre top des années 2010.

Par Marine Moutot, Manon Koken, Déborah Mattana, Johanna Benoist et Lucie Dachary.


Marine Moutot

2021 montre une nouvelle fois que l’on ne peut se passer de cinéma. Après plusieurs mois sans avoir eu accès au cinéma, le retour dans les salles obscures fut comme une bénédiction. Et une nouvelle fois, les films ne m’ont pas déçue. J’ai vibré, découvert et pleuré avec des personnages forts et justes. J’ai grandi. Le choix fut dur, mais ce sont surtout des portraits de femmes fortes qui m’ont inspirée et évidemment des récits sociétaux forts comme dans La Fracture de Catherine Corsini ou Suprêmes d’Audrey Estrougo qui n’ont pas pu faire partie de ce top.  

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  1. Illusions Perdues – Xavier Giannoli

    Ce nouveau film de Xavier Giannoli possède une force et une énergie qui obnubilent. La puissance des Illusions perdues est sa forte charge critique envers la société où tout se vend et tout s’achète. Le capitalisme d’aujourd’hui trouve ses racines dans le milieu littéraire et journalistique décrit par Balzac. Comme le résume si bien Étienne Lousteau incarné par Vincent Lacoste : « Mon métier est d’enrichir les actionnaires du journal ». Le luxe, la beauté et l’Art côtoient avec charme le cynisme, la malhonnêteté et les mensonges. Lucien, fraîchement débarqué de sa campagne, regarde avec effroi et émerveillement le monde autour de lui. Balzac comme Giannoli dépeignent méticuleusement les personnages, le livre comme le film dissèquent leurs innocences et doutes pour les révéler au grand jour. Les jeunes acteurs (Benjamin Voisin, Salomé Dewaels) côtoient avec beauté de grands noms (Cécile de France, Jeanne Balibar, Xavier Dolan) pour notre plus grand bonheur dans un long-métrage vif, vibrant et intense.

  2. Nomadland – Chloé Zhao

    Chloé Zhao, réalisatrice des Chansons que mes frères m’ont apprises (Songs My Brothers Taught Me, 2015), The Rider (2017) et dernièrement du film de superhéros Les Éternels (2021), remporte l’Oscar du Meilleur film avec Nomadland. Film intime sur une femme qui perd tout à la suite de la fermeture de l’usine qui maintenait sa ville vivante. Fern, interprétée par l’excellente et juste Frances McDormand, se retrouve à vivre parmi les exclu.e.s de la société américaine. Ces nomades vivent de petits boulots, car leur retraite est trop juste pour leur permettre de vivre dignement. Sillonnant le pays, iels rencontrent par moment pour ne pas oublier qu’iels ne sont pas seul.e.s. Fern redécouvre un lien fort avec la nature et son for intérieur. Cette vie qu’elle n’a pas voulue, finalement elle la veut plus que tout. Car loin d’être un film déprimant, Nomadland montre le courage et l’amour de ces personnes. Avec des acteurs et actrices qui jouent leur propre rôle, la cinéaste chinoise dresse le portrait des invisibles avec force et beauté.

  3. Slalom – Charlène Favier

    Pour son premier film, la cinéaste française choisit de raconter une histoire proche de son vécu. Nous suivons Liz qui commence un lycée avec une formation ski. Seule dans une ville où elle ne connait personne, la jeune fille se rapproche de son entraîneur, un homme colérique et dur qui pousse ses athlètes à aller au bout d’eux-mêmes. L’emprise commence alors. Liz (incarné par l’excellente Noée Abita) tombe sous le charme et l’influence de Fred (Jérémie Renier, juste en coach qui culpabilise et, à la fois, profite de sa position). Avec une mise en scène magnifique et réfléchie autour du thème du Petit Chaperon rouge, Slalom est un film fort et juste sur un sujet sensible.

  4. L’Événement – Audrey Diwan

    Lion d’or à la 78e édition de la Mostra de Venise, le nouveau film d’Audrey Diwan est adapté de l’auto-fiction d’Annie Ernaux. En traitant du sujet de l’avortement dans les années 1960, la jeune cinéaste française décide de rappeler que l’avortement est un droit, mais un droit incertain. Nous suivons le parcours d’Anne, étudiante en lettre qui rêve de devenir écrivaine. Un jour, on lui annonce qu’elle est enceinte. Sans même se poser la question, elle sait qu’elle ne veut pas le garder. Cet enfant la condamne à ne pas pouvoir suivre ses rêves, ses ambitions, sa vie. Elle va alors chercher de l’aide dans une société punie sévèrement l’avortement. Plus qu’un tabou, il s’agit d’une aberration. Seule, elle se heurte aux médecins, aux hommes et même aux femmes. L’Événement est un film qui secoue au plus profond de nos tripes. L’intime est politique ! Et l’œuvre d’Audrey Diwan nous le rappelle avec force.

  5. Dune – Denis Villeneuve

    Les intrigues politiques, complexes et mystérieuses, et le rapport à l’écologie sont au centre du récit. Écrit en 1965, le livre de Frank Herbert n’a jamais été autant d’actualité. Alors que notre planète brûle et que l’exploitation de la nature est en plein cœur des problématiques de nos sociétés — même si encore beaucoup de personnes refusent de le voir —, l’histoire de l’exploitation de l’Épice renvoie à notre monde capitaliste qui cherche à accumuler toujours plus de « richesses ». Connu comme étant l’un des romans les plus difficiles à adapter, Dune a vu plusieurs réalisateurs s’y casser les dents. Une nouvelle fois, le cinéaste québécois Denis Villeneuve parvient à être fidèle à l’histoire d’origine pour livrer une adaptation qui respecte les thèmes complexes de l’œuvre. Avec un casting parfait (Timothée Chalamet, Zendaya, Rebecca Ferguson, Oscar Isaac…), Dune est un film excitant dont la puissance initiatique est attisée par une musique et une mise en scène magnifiques.

     

  6. Compartiment N°6 – Juho Kuosmanen

    Le cinéaste finlandais, Juho Kuosmanen, nous offre le parcours d’une jeune femme. Alors que Laura (incarnée par l’incandescente Seidi Haarla) avait prévu de traverser la Russie pour aller voir des pétroglyphes du lac Onéga avec son amante Irina, celle-ci annule au dernier moment. Elle se retrouve seule, dans un pays qu’elle connaît mal, à partager sa cabine du train avec un inconnu. Rustre et bourré, Lioha (interprété par l’excellent Yuriy Borisov) tente de la draguer maladroitement. Mais alors que leur relation commence mal, au fur et à mesure du voyage un lien plus étroit se tisse. Si le synopsis laisse entendre une histoire d’amour un peu classique, le film dépasse cela pour proposer une relation différente entre Laura et Lioha. Beau, tendre et unique, ce lien offre de nouvelles perspectives. Touchant, juste et vibrant, ce voyage initiatique d’une rupture se révèle être celui d’une rencontre.

  7. Serre moi fortMathieu Amalric

    Mathieu Amalric réalise un film qui transcrit fidèlement et avec justesse les souffrances et la détresse de son héroïne qui ne parvient pas à guérir. Adapté de la pièce Je reviens de loin de Claudine Galea, le long-métrage raconte le récit de Clarisse qui fuit pour mieux se retourner. Avec mystère, le film commence par une voiture qui part. Dedans, Clarisse (interprétée par la magnifique et touchante Vicky Krieps) a laissé mari et enfants. Le lien n’est pour autant pas coupé car elle communique avec eux par la pensée. Après Tournée (2010) et Barbara (2017), Serre moi fort prouve, une nouvelle fois, le talent de l’acteur et réalisateur, Mathieu Amalric, qui nous offre une œuvre poétique et bouleversante.


Manon Koken

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  1. Nomadland – Chloé Zhao

    Après Les chansons que mes frères m’ont apprises et The Rider, deux longs métrages en immersion au cœur de réserves indiennes, j’attendais le prochain film de Chloé Zhao avec impatience. Dans Nomadland, elle brosse un portrait touchant et particulièrement réaliste de l’Amérique invisible, celle des déclassés, de ceux qui voyagent et se construisent en opposition aux grands principes de la culture américaine. La grande Frances McDormand sublime ce film par son interprétation touchante et puissante. Alors que les lumières se rallument, l’envie de continuer le chemin aux côtés des nomades devient irrépressible.

  2. Slalom – Charlène Favier

    Slalom est un film d’une justesse impressionnante qui en fait une pierre angulaire de cette année 2021. Avec cette mise en scène puissante, efficace et épurée, Charlène Favier a su créer une œuvre où chaque image sonne juste avec son propos. Le duo formé par Noée Abita et Jérémie Renier livre une performance impressionnante et particulièrement convaincante qui nous fait croire, plus que de raison, à la fiction. Magnifique film sur le harcèlement, la complexité de l’emprise et la reconquête de la liberté, Slalom est un long-métrage à ne pas rater.

  3. Onoda – 10 000 nuits dans la jungle – Arthur Harari

    Superbe réflexion sur la manière dont on raconte, Onoda nous prouve une seconde fois, après Diamant noir, que le travail d’Arthur Harari mérite d’être suivi de près. Retraçant l’histoire vraie d’un soldat japonais ayant refusé de déposer les armes une fois la guerre terminée, ce second long-métrage suspend le temps pendant ses 2h30 qui semblent durer à peine quelques secondes, 2h30 qui retracent en réalité trente ans passés sur une île du Pacifique. En elles se mêlent tradition japonaise, doctrine militaire et Grande Histoire pour offrir un récit émouvant, surprenant et intense.

  4. Illusions Perdues – Xavier Giannoli

    Toute la magie d’Illusions Perdues réside dans l’écho glaçant entre l’œuvre de Balzac et notre société, si bien mis en scène par Giannoli. Le constat est clair : rien n’a changé. Les dialogues sonnent justes et sont remplis d’humour, jouant de la langue française avec finesse. Benjamin Voisin, Vincent Lacoste, Xavier Dolan, Cécile de France, Jean-François Stévenin, Gérard Depardieu… les actrices et acteurs jouent si bien qu’Illusions Perdues, une adaptation qui aurait pu sembler aride à première vue, révèle une œuvre juste et d’une incroyable contemporanéité. La magie opère et le récit de Balzac s’offre à nous dans une réflexion convaincante sur le pouvoir et les masculinités.

  5. L’événement – Audrey Diwan

    Avec Passion simple et L’événement, 2021 aura été une année d’adaptation des œuvres d’Annie Ernaux. Avec sa proposition cinématographique sobre et efficace, jouant d’un cadre toujours plus resserré et de longs plans séquences, Audrey Diwan montre à merveille comment faire corps avec l’intériorité d’un personnage. L’événement retrace le chemin de croix d’une jeune femme refusant sa grossesse dans la France des années 60. Et pourtant, malgré cette forte inscription historique, la réalisatrice réussit le tour de force de rendre le discours et la mise en scène universels. La sobriété et le réalisme de la mise en scène créent un écrin parfait pour l’interprétation impressionnante d’Anamaria Vartolomei, révélation de cette année. Histoire de corps, de femme et de liberté, L’événement est une oeuvre essentielle et intemporelle.

  6. Sound of Metal – Darius Marder

    Sound of Metal est un drame étonnant et passionnant. Ruben, le batteur d’un groupe de rock, découvre qu’il devient sourd. Cette nouvelle annonce la fin de sa carrière et de sa vie de nomade. L’interprétation viscérale de Riz Ahmed – encore une révélation ! – porte le film à bout de bras. A l’instar de L’événement, Sound of Metal propose une mise en scène immersive permettant de mesurer pleinement la souffrance de Ruben et la violence faite au corps.

  7. Le Peuple loup – Tomm Moore et Ross Stewart

    Après Brendan et le secret de Kells et Le chant de la mer, Le Peuple loup clôt la trilogie irlandaise de Tomm Moore. L’animation et la narration sont encore une fois splendides et inventives. Irlande, légende et féminisme se mêlent à la perfection dans les décors toujours aussi beaux et soignés de l’équipe de Cartoon Saloon. Le Peuple loup est une perle de cinéma à partager avec tout le monde – et surtout avec les grands pour leur prouver que l’animation ce n’est pas que pour les enfants !

 


Lucie Dachary

Coupée des grands écrans pour cause de pandémie, la spectatrice assidue que je suis s’impatientait en début d’année 2021. Réouverture en fanfare en mai, et malgré des entrées en berne, la deuxième moitié de l’année a vu les sorties se bousculer chaque semaine. On aura beau dire que l’offre n’était pas au rendez-vous, j’y ai trouvé mon compte. Le top fut même un peu difficile à établir, car plus de 7 films m’ont remuée, touchée ou étonnée au cinéma en 2021.

 

  1. Drive my Car – Ryusuke Hamaguchi

    Disciple de Kurosawa (Kyoshi, pas Akira), Hamaguchi a su faire sa place depuis une vingtaine d’années avec un cinéma du temps long, en témoignent les cinq heures que durent la totalité des épisodes de l’indispensable saga Senses. Avec ce nouveau film fleuve inspiré par trois jolies nouvelles de Murakami dans le recueil Des hommes sans femmes, le réalisateur japonais explore le chemin parcouru par un metteur en scène de théâtre et sa jeune chauffeur. Une route bétonnée mais aussi mentale, grâce à laquelle les deux personnages vont tisser des liens et renouer avec leur passé. Une œuvre poétique illuminée de moments de grâce, qui mérite de se hisser tout en haut de ce top.

  2. Julie (en 12 Chapitres) – Joachim Trier

    Palmée à Cannes cette année, Renate Reinsve, est la révélation féminine de cette année. Tantôt solaire, tantôt mélancolique, la jeune femme reste fascinante du début à la fin du cinquième long métrage du Norvégien Joachim Trier. Après la Eva de Jonas Trueba (Eva en août, 2020), c’est le personnage de Julie qui enchante ce portrait de femme en 35mm. Le film dit l’amour comme il est, drôle, tragique, entier. Et ça fait un bien fou !

  3. Annette – Leos Carax

    Leos Carax nous avait laissés en 2012 avec son chef d’œuvre Holy Motors, il n’est pas nécessaire de rappeler que son retour était très attendu. Si des indices de comédie musicale se glissaient dans ce pénultième film ovni, le réalisateur plonge, cette fois-ci, tête la première dans le genre. Véritable film-somme, Annette rend hommage à tout son cinéma, et au Cinéma depuis ses débuts. Un long métrage haut en couleur, à la hauteur de son ambition hollywoodienne et porté par des acteurs habités, les irremplaçables Marion Cotillard et Adam Driver. Mention spéciale pour la bande-originale des Sparks et le très méta « So may we start ».

  4. First Cow – Kelly Reichardt

    Début du XIXème siècle, l’introduction de la première vache aux États-Unis marque le début de la propriété privée. Celle-ci creuse encore un peu plus le fossé entre ceux qui possèdent et ceux qui n’ont rien. Avec First Cow, Kelly Reichardt réalise un film en costumes d’une simplicité étourdissante. Laissant la violence des rapports de force au second plan, elle s’attarde sur des détails, la couleur des champignons que l’on cueille en forêt ou une simple conversation de salon entre deux femmes du monde. Une merveilleuse histoire d’amitié et une ode à la nature, un film délicat que l’on n’oubliera pas.

  5. Le Diable n’existe pas – Mohammd Rasoulof

    Le Diable n’existe pas a tout d’une fable en quatre chapitres. Un film réaliste mais poétique, dur mais pas plombant. Mohammad Rasoulof prend le parti de se concentrer sur les hommes et leurs dilemmes moraux liés à la peine de mort en Iran.  En laissant l’horreur dans le hors champ, il filme ainsi les conséquences des actes, manqués ou exécutés. Un pamphlet clandestin contre la peine capitale, beau et nécessaire. On retiendra un plan glaçant, net comme un couperet, qui résume la puissance que permettent les images de cinéma.

     

  6. Serre-moi fort – Mathieu Amalric

    Des bruits de pas dans la neige, des photos éparpillées sur un lit… Serre-moi fort se présente comme un puzzle dont les pièces s’assemblent tout au long du film. Une femme part en arrière pour mieux préparer sa fuite en avant, dans un jeu de temporalités magistral mais épuré. Mathieu Amalric plonge avec une grande sensibilité dans les souvenirs de sa protagoniste et se sert des outils du cinéma (son et image) pour matérialiser l’imaginaire, le sensible. L’un des films les plus bouleversants de l’année, notamment grâce à l’irremplaçable Vicky Krieps (également aperçue dans le Bergman Island de Mia Hansen-Love, qui aurait sa place dans un top 20).

  7. Teddy, Ludovic et Zoran Boukherma

    Teddy, ce serait un peu Bruno Dumont qui rencontre l’univers des slashers. Un combo a priori incongru, qui se révèle être une très bonne surprise. En filant la métaphore du loup-garou avec beaucoup d’humour, les deux frères évoquent intelligemment la « malédiction » qui frappe les habitants d’une France rurale dont l’avenir est sombre. Gore mais juste ce qu’il-faut, Teddy impressionne également par la performance du jeune Anthony Bajon. Un conte féroce qui nous met l’eau à la bouche en attendant le film de requin des deux réalisateurs (L’Année du requin, sortie prévue en juillet 2022).


Déborah Mattana

Vivre sans cinéma pendant plus de huit mois a été un vrai challenge. Mais l’attente en valait la peine ! En quelques semaines, nous avons pu découvrir sur grand écran de véritables pépites : films d’aventures, thrillers haletants, remakes hollywoodiens, adaptation de romans incontournables de la littérature française… Autant de films inédits qui ont bien rempli notre deuxième partie de l’année et notre soif de cinéma. Parmi ces longs-métrages si attendus, se trouvent de petites pépites très différentes les unes des autres comme Illusions Perdues de Xavier Giannoli, Cruella de Craig Gillepsie ou encore Bac Nord de Cédric Jimenez.

Cruella

 

  1. Cruella – Craig Gillespie

    Durant les confinements, plusieurs longs métrages des studios Disney ne sont pas passés par la case cinéma et ont directement été diffusés sur Disney+ (Soul, Pete Docter ; Mulan, Niki Caro). Cette backstory d’une des méchantes les plus iconiques du classique des Studios Disney a réussi à faire son chemin dans les salles de cinéma au début de l’été. Qu’il aurait été dommage de passer à côté de l’excellente prestation d’Emma Stone dans le rôle de Cruella, connue pour son attrait pour la fourrure dans les 101 Dalmatiens (Walt Disney, 1961). Ici, Craig Gillepsie (Moi, Tonya, 2017) met en scène une jeune Cruella qui évolue dans un Londres électrique des années 1960. Les décors, les costumes et les classiques du rock anglais méritaient une expérience unique dans une salle de cinéma. C’est donc chose faite puisqu’il était un des blockbusters de l’été.

  2. West Side Story – Stephen Spielberg

    Le grand réalisateur Steven Spielberg revient en 2021 avec un film très attendu car il devait sortir au cinéma en 2020. Il s’attaque ici à un des classiques des comédies musicales américaines : West Side Story (Robert Wise, 1961). Un remake oui, mais un remake nécessaire qui permet de magnifier sa première version qui manquait quelque peu de couleurs et d’étincelles. Ici, on retrouve toute la magie de la version originale mais filmée avec une technologie du XXIe siècle. De plus, le casting est plus qu’à la hauteur de l’exercice avec Ansel Elgort (Nos Étoiles Contraires, Josh Boone, 2014 ; Baby Driver, Edgar Wright, 2017) dans le rôle de Tony et Rachel Zegler, pour son premier rôle au cinéma en tant que Maria. Le film est d’ailleurs pressenti pour faire partie de plusieurs catégories aux prochains Oscars !

  3. Spider-man : No Way Home – Jon Watts

    Dernier opus officiel de la trilogie de Spider-Man interprété par Tom Holland, il est le quatrième film des Studios Marvel à sortir dans les salles obscures en 2021. Après Black Widow (Cate Shortland), Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux (Destin Daniel Cretton) et Les Éternels (Chloé Zhao), l’homme araignée a déchainé les foules en cette fin d’année. Et c’est un succès mérité. Sans conteste le meilleur de la saga, ce film est une explosion de satisfaction pour les fans qui avaient déjà mis la barre très haut ces dernières années. Outre les scènes d’action attendues de batailles effrénées, on trouve également des plans à couper le souffle peu communs dans ces blockbusters américains car ils sont épurés et si intenses. 

  4. Illusions perdues – Xavier Giannoli

    Cette adaptation du roman éponyme d’Honoré de Balzac est remarquable de par son rythme et sa puissance. Une effervescence maîtrisée qui pétille mais pique à la fois. Cette satire de la presse et de la société fait preuve de gravité tout en étant emballée dans un joli papier cadeau. Le casting porte le film avec une ferveur et une fraîcheur remarquables. Troisième premier rôle pour Benjamin Voisin après Eté 85 de François Ozon (2020) et Un vrai Bonhomme de Benjamin Parent (2019) il crève encore une fois l’écran. À ses côtés, Vincent Lacoste (Hippocrate, Thomas Lilti, 2014 ; Victoria, Justine Triet, 2016) et Xavier Dolan, notamment, consolident ce casting. Un film qui offre à la fois une bulle exubérante de joie, de désespoir et de révolte.

  5. Eiffel – Martin Bourboulon

    À l’opposé de ses deux derniers films (Papa ou Maman, 2014 ; Papa ou Maman 2, 2015), Martin Bourboulon s’est imposé à l’automne avec un film historique de grande envergure à la hauteur de son sujet. Eiffel retrace l’histoire de la Tour Eiffel et de son créateur sur fond d’histoire d’amour impossible entre Gustave Eiffel (Romain Duris) et Adrienne Bourgès (Emma Mackey). Avec une photographie léchée et une musique originale signée Alexandre Desplat (avec deux Oscars et trois César à son actif), ce film est comme un bijou qui propose au spectateur un moment suspendu dans le temps qui ne verra plus le paysage parisien de la même manière.

  6. Bac Nord – Cédric Jimenez

    Ce drame musclé et vigoureux est sans conteste le succès de la rentrée avec plus de 17 semaines à l’affiche, il compte parmi les films français les plus populaires de l’année. Une plongée dans les quartiers Nord de Marseille, certes un peu romancée, rayonne avec une force inattendue. L’histoire des trois héros (Gilles Lellouche, François Civil et Karim Leklou) a su conquérir le public. Ce qui fait la force du film est l’intensité des scènes d’action mais surtout l’intensité des scènes beaucoup plus calmes, en apparence, qui installent une pression constante pour nous tenir en haleine. Belle prouesse signée Cédric Jimenez qui avait déjà réalisé des thrillers salués par la critique (HHhH, 2017 ; La French, 2014).

  7. Billie Holiday : une affaire d’État – Lee Daniels

    Ce film n’est pas le seul biopic musical de l’année, Liesl Tommy a réalisé Respect, sur la grande chanteuse Aretha Franklin. Cependant, Billie Holiday, une affaire d’État, se détache par l’originalité de sa mise en scène. Lee Daniels a pris des libertés dans sa réalisation pour nous offrir un spectacle fantaisiste ponctué de scènes parfois à la limite du réel. Entre ellipses et flashbacks, nous sommes constamment embarqué.e.s dans un tourbillon d’émotions. En utilisant partiquement tous les procédés cinématogrpahiques possibles : noir et blanc, distorsion, accélérés, ralentis, chorégraphies, parfois tous dans la même scène, le récit reste clair mais en étant dense dans sa représentation. Andra Day, qui interprète Billie Holiday, a d’ailleurs reçu le Golden Globe 2021 de la Meilleure Actrice dans un film dramatique. Sa performance est à la hauteur de la réalisation : osée et intense. 


Johanna Benoist

Benedetta

  1. Benedetta – Paul Verhoeven

    Paul Verhoeven livre cette année le fascinant portrait d’une femme complexe, campée par Virginie Efira, magistrale, comme toujours. Benedetta, sœur puis mère supérieure d’un couvent toscan, est-elle vile manipulatrice ou simple illuminée ? Le cinéaste, qui adopte le point de vue de son personnage, parvient à maintenir la distance nécessaire pour saisir sa complexité. Fantasmes et réalité se confondent dans un contexte de peste et de luttes de pouvoir. Réceptacle de visions enfantines d’un Christ chevaleresque, destinée à servir l’Église depuis sa naissance, la jeune femme a une compréhension puérile et blasphématoire de la religion ainsi que d’elle-même. Ses relations toxiques, avec son amante ou la première mère supérieure, révèle son caractère égocentré tout autant que son charisme. Les actrices qui portent le film, Virginie Efira et Charlotte Rampling, sont remarquables. 

  2. Nomadland – Chloé Zhao

    Après The Rider en 2018, Chloé Zhao émeut et convainc cette année encore, avec Nomadland. On reconnaît ses films entre tous à cette mélancolie pleine de douceur qui les imprègne : ses personnages cabossés par la perte et le deuil poursuivent leur vie tant bien que mal dans un écrin de nature, celle de l’Amérique sauvage, antithétique des suburbs, mais tout aussi emblématique. Là, davantage que dans la petite ville construite autour d’un complexe industriel, se nouent les relations sincères et altruistes.

  3. Sound of MetalDarius Marder

    Tout en restant un film sonore, Sound of Metal est une immersion dans la peau de Ruben, batteur soudainement devenu sourd. Le travail du son, soigné et réfléchi, mais aussi la performance de Riz Ahmed, véritable révélation, permettent de mesurer l’impact de la surdité. Jamais manichéiste ou sensationnaliste, Sound of Metal est un film subtil sur la perte et l’acceptation.  

  4. Slalom – Charlène Favier

    Une jeune adolescente tombe peu à peu sous l’emprise de son entraîneur, qui abuse d’elle, moralement et sexuellement. Le sujet des violences au sein du milieu sportif, longtemps resté tabou, est difficile à mettre en scène mais nécessaire. Dans Slalom, la photographie et la durée des plans sont parfaitement dosées et ne deviennent jamais indélicates. Au contraire, le film de Charlène Favier est un premier long-métrage poignant, par moment déchirant. 

  5. The Power of the Dog – Jane Campion

    La cinéaste Jane Campion a déjà fait ses preuves mais confirme son talent avec The Power of the Dog. La photographie, le cadrage, tout est magnifique. Les acteurs sont impeccables, en particulier Benedict Cumberbatch et Kodi Smit-McPhee. Serait-ce donc un film trop parfait pour émouvoir ? Le scénario semble d’abord évident : lutte complexe de pouvoir, intrafamiliale, chacun cherche l’attention d’un autre, attention qu’il partage avec un trinôme non désiré. Il se déroule jusqu’à son point final et nous pensons comprendre ce qu’il se joue. Ce n’est que quelques jours plus tard que nous saisissons la force de cette œuvre. The Power of the Dog est de ces films qui marquent dans la durée : la tension, l’ambiguïté des non-dits, tout cela reste en tête et nous revient. The Power of the Dog, plus complexe qu’il n’y paraît, n’est pas un lent thriller ni une romance sur fond de western, il est bien plus que ça. Avec son nouveau film, la cinéaste néo-zélandaise est parvenue à nous manipuler finement et son œuvre à nous hanter. 

  6. France – Bruno Dumont

    Le nouveau film de Bruno Dumont est le reflet de son sujet. Au premier abord, superficiel, une critique du journalisme sensationnaliste, porté par la mal-aimée Léa Seydoux, placée dans des décors, des costumes et des situations qui viennent sur-signer sa condition. Petit à petit, tandis que tout se rejoue sans se dénouer, pourtant, différents niveaux de lecture se dévoilent. France, c’est aussi un film sur le cinéma et la mise en scène de soi. France, c’est surtout le portrait d’une jeune femme qui, se découvrant ni héroïne ni monstre, centre d’un univers sans foi – sinon dévoyée, le capitalisme devenu nouvelle Religion – cherche son sens et sa place au monde. 

Publié par Phantasmagory

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