[CRITIQUE] Petite Nature

Temps de lecture : 3 minutes.

Johnny a 10 ans. Alors que sa mère quitte son compagnon, un nouveau professeur arrive à Forbach. Brusque et stimulant, Monsieur Adamski va toucher le jeune Johnny qui se découvre une soif d’apprendre. À travers le regard encourageant de son maître d’école, il va commencer à s’assumer et à réfléchir à son avenir.

Pour son second long-métrage, mais premier en solitaire — il avait réalisé avec Marie Amachoukeli et Claire Burger, Party Girl, présenté en ouverture d’Un Certain Regard en 2014 —, Samuel Theis explore, à la fois avec tendresse et dureté, le désir d’un jeune garçon. Petite Nature possède une force brute grâce à son jeune acteur.

Dès l’ouverture, le jeune Johnny est dans l’apparence. Alors qu’il porte sur son dos un sac rempli d’affaires et tient dans ses mains ses poissons, il a honte. Il tente à plusieurs reprises de se rebeller contre son statut d’enfant d’HLM. Avec une mère absente, plus intéressée à ses histoires de cœur qu’à l’avenir de ses enfants, il s’occupe tout le temps de sa petite sœur. Mature pour son âge, Johnny a pourtant des difficultés à assumer son désir et qui il est. Quand l’enseignant Monsieur Adamski arrive dans sa vie, il remplace à la fois la figure paternelle absente, mais aussi son besoin de reconnaissance qu’il n’a pas auprès de sa mère. Le cinéaste pousse plus loin l’amour que ressent Johnny à l’égard de son maître. Dans une séquence particulièrement centrale — où le garçon va se déshabiller devant Monsieur Adamski qui ne sait comment réagir —, Samuel Theis tente de montrer comment en essayant de se détacher de son statut social qui lui colle à la peau, Johnny va imiter les gestes érotiques qu’il voit entre sa mère et ses amants. À travers cette histoire, le déterminisme social est important, et se trouve mêlé avec les affects amoureux qu’éprouve Johnny.

Ce maître amène les élèves à voir plus loin que leur simple statut d’enfant. La première question qui leur est posée est “comment est-ce que vous vous voyez dans vingt ans ?”. À travers cette interrogation un peu banale et les réponses qui vont avec – avoir une maison, un chien et des enfants -, le réalisateur invite à réfléchir autour des contraintes sociales. Seul Johnny ne sait quoi répondre : il n’a pas de modèle familial qu’il voudrait imiter, il n’a pas de modèle tout court. Il s’accroche aux amants de sa mère, jusqu’à ne plus pouvoir. Et puis il s’accroche à Monsieur Adamski. Samuel Theis expose aussi comment l’école et les enseignant.e.s peuvent changer les choses – malgré les peu de moyens qu’ils et elles possèdent. Face à cette détresse de l’enfant qui a besoin de se sentir aimer et pousser, Petite Nature montre Johnny qui se bat pour sortir du misérabilisme dans lequel vit sa mère. Il veut plus et trouve en son professeur un homme à admirer et à aimer. Mais ce n’est pas seulement la force de cet amour qui lui permet de se dépasser, c’est aussi la force de ses convictions : il peut et va aller plus loin.

Petite Nature est un film pertinent qui tire son énergie et sa beauté d’Aliocha Reinert, dont il s’agit du premier rôle. Que ce soit dans les regards, les gestes, ou même, dans les scènes plus expressives — comme un moment d’énervement contre sa mère et sa pauvreté — il est époustouflant. Loin du pathos des films français dramatique, le long-métrage réussit, de plus, à glisser des pointes d’humour et de fraîcheur bienvenues

Marine Moutot

Petite Nature
Réalisé par Samuel Theis
Avec Aliocha Reinert, Antoine Reinartz, Mélissa Olexa
Drame, France, 2021, 1h35
Ad Vitam
9 mars 2022

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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