[FESTIVAL DE CANNES 2022] Bilan – Jeudi 26 mai

Temps de lecture : 8 minutes

Du 17 au 28 mai 2022 se tient la 75e édition du Festival de Cannes. 

Créé en 1939, avec une première édition en 1946, le Festival de Cannes est, avec la Berlinale et la Mostra de Venise, l’un des festivals internationaux les plus importants du cinéma. Chaque année, il se tient sur la Croisette, au bord de la plage, dans la ville de Cannes. Plusieurs sélections viennent compléter la Sélection Officielle (Compétition, Hors Compétition, Un Certain Regard, Cannes Classic, Cannes Première et pour la première fois une sélection de six œuvres autours de l’environnement). Ces programmations parallèles (Quinzaine des Réalisateurs, Semaine de la Critique, ACID), dont chacun a ses particularités, montrent des longs et courts-métrages originaux et novateurs.
Le festival revient cette année en mai, après une édition sous le soleil de juillet en 2021. Il y aura des stars, des découvertes, de la plage et des films. Retrouvez-nous tous les jours du dimanche 22 au samedi 28 mai pour suivre nos aventures cannoises.

Jeudi 26 mai au Festival de Cannes

Retour sur la Croisette à 11 h pour découvrir le nouveau film de la cinéaste marocaine Maryam Touzani, dont le film Adam avait été également sélectionné en 2019 à Un Certain Regard. Le Bleu du Caftan est un film doux et beau sur l’amour et la transmission. La réalisatrice est venue nous présenter son long-métrage en début de séance. L’idée de l’histoire lui vient d’un caftan que sa mère avait et qu’elle admirait quand elle était petite. À 14 h 15, en route pour la salle Agnès Varda — anciennement salle du Soixantième — pour découvrir le film-fleuve Leila’s Brothers du réalisateur iranien Saeed Roustaee. Pendant 2 h 45 nous suivons une sœur qui fait tout pour sortir sa famille de la pauvreté. Enfin quoi de mieux pour finir cette cinquième journée cannoise que d’aller découvrir le nouveau film du cinéaste espagnol, Rodrigo Sorogoyen. Après El Reino et Madre, il présentait As Bestas à Cannes Première en Sélection officielle. 

Les trois films découverts avaient tous une réelle qualité et puissance cinématographique et abordaient des thèmes différents avec justesse et intelligence. Si un sujet devait les réunir ce serait que des femmes doivent se battre dans des mondes masculins hostiles. Nous sommes loin de la fin du patriarcat.

As Bestas – Rodrigo Sorogoyen, 2022 – Sélection officielle : Cannes Première

Antoine et Olga, un couple de Français, se sont installé.e.s il y a quelque temps dans un petit village isolé de Galice pour y faire pousser des légumes bio et restaurer des maisons abandonnées. Des tensions se sont créées entre les habitants autour d’un projet d’éolienne.

AsBestas

Jeune cinéaste espagnol, Rodrigo Sorogoyen sait installer de la tension au sein de ses récits. Dès l’ouverture du film, nous voyons trois hommes immobilisés des chevaux qui vivent en liberté dans les environs. Au ralenti, les corps se mêlent avec puissance. C’est de la violence brute tant du côté des hommes que des animaux.

En suivant ce couple de Français, le réalisateur montre une autre manière de vivre. Paisibles, Antoine et Olga — les excellent.e.s Denis Ménochet et Marina Foïs — vivent de leur maraicher. Dans leur jardin, des panneaux solaires. Lui restaure aussi des maisons abandonnées pour donner au village une nouvelle dynamique. Sorogoyen oppose deux mondes dans un même endroit. Tandis que pour le couple d’anciens citadins est venus par fois et voit le petit village niché dans les montagnes comme une sorte de paradis, pour ceux qui y n’ont rien connus d’autre, cet endroit est leur tombeau. Le projet de l’éolienne qui vient mettre à mal ce fragile équilibre n’est qu’un prétexte pour cristalliser les haines et les rancœurs entre deux milieux sociaux différents qui se rencontrent rarement.

Découpé en deux parties, c’est dans la première que le propos est le plus pertinent. La tension monte au fur et à mesure des interactions entre les deux frères espagnols et Antoine. C’est un monde d’hommes. Chacun n’écoutant pas ce que l’autre a à dire. L’argent proposé en échange de l’installation de l’éolienne — qui ne représente pas grand chose — suffit aux frères de s’imaginer dans une grande ville, loin de la nature et des animaux. La haine de l’autre s’immisce entre eux, l’étranger devenant la raison de tous leurs problèmes. Peu à peu, les hommes deviennent les bêtes du titre. Dans la deuxième partie, Olga doit apprendre à se battre et vivre seule. Ce paradis semble devenu hostile. Dans le froid de l’hiver, le calme cache la tristesse et la souffrance. Plus lente, cette partie est essentielle dans ce qu’elle dit d’être une femme dans un monde masculin. Olga parvient à s’imposer et à ne pas se laisser faire, elle ne lâche rien. Elle en devient presque menaçante de ténacité.

Avec puissance, As bestas parvient à ouvrir notre imaginaire avec ces montagnes et cette tranquillité, mais nous rappelle également que le mal est tapis en chacun.e de nous.

Le Bleu du caftan – Maryam Touzani, 2022 – Sélection officielle : Un Certain Regard

Halim et Mina sont marié.e.s depuis longtemps et tiennent une boutique de caftans. Elle prend les commandes, lui les fabrique. Halim, homosexuel, tente de vivre ses désirs comme il peut dans une société qui le brime, Mina quant à elle lutte contre un cancer. L’arrivée d’un nouvel apprenti va bouleverser leur fragile équilibre.

LeBleuduCaftan

La cinéaste marocaine, Maryam Touzani, réalise un film doux autour de la transmission d’un savoir ancestral. Brodé à la main avec minutie, le caftan marocain est un vêtement très ancien qui serait apparu au XIIIe siècle pendant la dynastie Mérinide. Seules les femmes portent cet habit traditionnel et aujourd’hui de moins en moins de personnes savent les faire. L’idée de cette histoire lui est venue d’un caftan que sa mère portait pour les grandes occasions et qu’elle admirait.

En sous-texte de l’histoire d’amour forte, Le Bleu du caftan parle des privations, des règles et des interdits. Cet homme qui ne peut pas vivre pleinement ses envies et désirs, cette femme qui ne peut pas aller dans l’espace public à sa guise. Posés par touche, ces moments sont douloureux et viennent rompre le bonheur quotidien d’un couple atypique, mais réellement amoureux. Halim et Mina — interprété.e.s par les grand.e.s Lubna Azabal et Saleh Bakri — se connaissent et se sont accepté.e.s. Il n’y a pas de jugement entre eux, pas de haine, peut-être de la jalousie à l’arrivée de Youssef dans leur vie. Ensemble ils ont tout traversé.

Avec justesse et délicatesse, Maryam Touazni continue d’explorer, comme elle l’avait avec son film précédent Adam (2019), la condition des femmes dans la société marocaine. Avec beaucoup d’amour pour ses personnages, la sphère intime devient un refuge, un lieu de recueillement et un havre de paix.

Leila’s Brothers – Saeed Roustaee, 2022 –Sélection officielle : Compétition

Leila vit avec ses parents et ses frères dans la misère. Alors que le retour d’un de ses frères est l’occasion pour elle de lancer une affaire pour les sortir de la pauvreté, son père apprend qu’il peut devenir le parrain de sa famille — haute distinction dans la tradition persane — en échange d’une somme importante d’argent. 

LeilaBrothers

Après un polar dense et impressionnant, La Loi de Téhéran (2019), le cinéaste iranien Saeed Roustaee propose une fresque familiale. Présenté en Compétition au Festival de Cannes, Leila’s Brothers nous transporte au cœur des tensions iraniennes. D’un côté un fils qui n’a pas été payé depuis des mois alors qu’il travaille dans une usine où la matière première manque, où une fille est la seule à gagner de l’argent pour subvenir à sa famille et un père dont la seule obsession est la reconnaissance des siens. Les tensions du pays s’installent peu à peu dans la fratrie. La haine des femmes allant jusqu’à la mère qui appelle sa propre fille « connasse ». Avec justesse et violence, Saeed Roustaee montre comment la pauvreté n’est pas une fatalité.

Leila — magnifique Taraneh Alidoosti — est une battante qui ne lâche rien. Elle souhaite plus que tout que sa famille s’en sorte et puisse vivre dignement. Elle est la seule à subvenir au besoin de sa famille, alors que ses trois frères sont au chômage ou vivent de boulots précaires. Alors qu’elle a une idée, ouvrir une boutique dans un centre commercial animé — elle ne peut pas le faire seule étant une femme —, elle doit remettre son plan entre les mains de ses frères. Tandis qu’elle réussit à les convaincre, leur père n’hésite pas à mettre à mal leur plan pour avoir la reconnaissance de sa famille et pouvoir être couronné parrain. Cet homme semble insensible à la douleur des siens et seulement centré sur son désir. Plein d’illusions sur une famille qui l’a toujours rejeté à cause de sa pauvreté, il ne voit même pas qu’il est utilisé. La haine qu’il porte, malgré lui, à ses propres enfants est dure à voir. Et Leila qui se bat, ne baissant jamais la tête, fait d’elle un personnage féminin fort et bafoué dans un monde d’homme.

Leila’s brothers est une chronique familiale puissante qui nous tient en haleine autour de sujets sensibles : la haine des siens et la manière dont la société continue de se moquer des pauvres.

Marine Moutot

As Bestas
Réalisé par Rodrigo Sorogoyen
Avec Marina Foïs, Denis Ménochet, Luis Zahera
Drame, Thriller, Espagne, France, 2022, 2h17
Le Pacte
20 juillet 2022

Le Bleu du caftan
Réalisé par Maryam Touzani
Avec Lubna Azabal, Saleh Bakri, Ayoub Missioui
Drame, Maroc, France, Belgique, Danemark, 2022, 1h58
Ad Vitam
Prochainement

Leila’s Brothers
Réalisé par Saeed Roustaee
Avec Taraneh Alidoosti, Navid Mohammadzadeh, Payman Maadi
Drame, Iran, 2022, 2h45
Wild Bunch Distribution
24 août 2022

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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