[CRITIQUE] Les Indes Galantes

Sans un mot

Il était une fois la rencontre d’une danse, nommée le Krump et d’une musique, signée Rameau qui sous l’œil de la caméra d’un conteur, Clément Cogitore, révéla un nouveau monde de beauté et de puissance.

Le Krump est une danse née dans les années 1990 à Los Angeles à la suite d’émeutes. Il s’agit d’une expression corporelle qui se veut entièrement pacifique et la rage qu’exprime les corps servent à extérioriser la violence qu’ils rencontrent dans leur vie quotidienne. Kingdom Radically Uplifted Mighty Praise est un cri, une danse énergique, la prise de parole par le corps.
Les Indes Galantes est un ballet datant de 1735, écrit par un certain Rameau. Cet opéra-ballet, chef-d’œuvre du genre, est traversé par le thème de la jeunesse, l’amour et la guerre. Alors que début de la quatrième et dernière entrée du ballet : Les Sauvages, les danseurs se mettent en mouvement. La musique classique rencontre la danse de la rue.

Chaque partie de leurs corps s’exprime. Sur leurs visages, ils nous racontent une histoire. Le poing levé, le mouvement arrêté d’un corps alors que le reste s’anime sur la musique, le jeu entre deux danseurs, la performance d’un que tous acclament. Leurs muscles sont bandés, leurs mouvements fluides. Les danseurs au centre du cercle se succèdent et racontent l’histoire d’une vie. La musique de Rameau parle de sauvages. Cette musique fut écrite à une époque où « l’autre » était considéré comme un barbare, « un sauvage ». Rameau écrit donc un ballet sur les sauvages d’Amérique. En choisissant spécifiquement ce moment, les danseurs acceptent de se l’approprier d’une nouvelle manière, de lui donner un nouveau sens. Les sauvages se sont peut-être eux, inacceptables dans une société qui ne les voulait pas, les inventeurs du Krump s’affirment et défient les têtes bien pensantes de toutes les époques.

L’énergie passe d’un corps à un autre, fait trembler la caméra, qui sur un sol mouvant capte la splendeur des sentiments. Ces corps racontent une histoire de révolte, et parlent tant par le biais du mouvement que de la musique d’une jeunesse qui se lève pour se battre et pour s’affirmer. Les corps qui semblent désordonnés s’ordonnent sous l’air de Rameau, la caméra de Cogitore se mêle à la foule et capte une atmosphère plus qu’une chorégraphie. Les cris couvrent les chants, les bruits de la scène se répercutent dans la musique. La danse emporte tout et les danseurs dans une symbiose se parlent et s’expriment à travers leurs corps.

Le souffle coupé, le spectateur ne peut qu’observer et ressentir le choc de la rencontre qui se produit sous ses yeux. Clément Cogitore produit un effet et fait vivre en l’espace de cinq minutes une histoire forte. Il la capte comme s’il n’en prenait pas part, il reste à l’écart comme s’il voulait seulement être témoin de la magie qui s’opère sous ses yeux et sous les nôtres.

Marine Moutot

Retrouver le film ici.

Les paroles :
[Forêt paisibles,
Jamais un vain désir ne trouble ici nos cœurs.
S’ils sont sensibles,
Fortune, ce n’est pas au prix de tes faveurs.]
Dans nos retraites,
Grandeur, ne viens jamais
offrir de tes faux attraits !
Ciel, tu les as faites
pour l’innocence et pour la paix.
Jouissons dans nos asiles,
Jouissons des biens tranquilles !
Ah ! Peut-on être heureux,
Quand on forme d’autres vœux ? »


Réalisé par Clément Cogitore
Trois chorégraphes : Bintou Dembele, Grichka et Brahim Rachiki
Court-métrage, France, 2017, 5min45
Présenté au Festival du Court-métrage de Clermont-Ferrand, 2018

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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