[CRITIQUE] Memory Box

Temps de lecture : 3 minutes.

Le film Memory Box a été découvert pendant la 71e édition de la Berlinale en février 2021.


Alex vit au Canada avec sa mère, Maïa, et sa grand-mère, Teta. La veille de Noël, sa mère, alors absente, reçoit un colis du Liban. Alex, prise par la curiosité, l’ouvre et découvre les cahiers, cassettes audio et photos de sa mère à son âge, pendant la guerre du Liban.

Le film s’ouvre sur une discussion virtuelle entre plusieurs ami.e.s. Alors qu’une tempête de neige s’abat violemment sur le Canada, iels s’envoient des vidéos et parlent de l’ennui de Noël et d’être en famille. Alex n’est pas différente, déconnectée de sa famille et de ses origines, elle désire partir. Quitter ce monde aseptisé. Quand les carnets, cassettes audios et photos de sa mère arrivent un peu par hasard, c’est un univers entier qui s’ouvre : celui de Maïa, 17 ans, pendant la guerre civile au Liban. À travers, le récit du passé, Alex se reconnecte à son histoire, mais aussi à sa mère, distante et figure maternelle froide. Memory Box invite à l’introspection et a regardé au-delà des apparences. 

Les cinéastes et artistes franco-libanais Joana Hadjithomas — dont la correspondance a inspiré ce film — et Khalil Joreige créent un lien fort entre la mère et la fille, le passé et le présent. Iels jouent avec l’image et ses déclinaisons. Le long-métrage frappe par l’inventivité de la mise en scène, alors que le récit peut sembler en apparence assez classique. Quand Alex plonge dans les cahiers de sa mère, les photographies s’animent et les personnages sortent du cadre. Alex découvre n’est qu’une petite partie de la vie de sa mère, racontée à une amie partie du Liban. Cette adolescente qu’elle découvre met en exergue la triste vie actuelle de sa mère. Si, au début, elle partage ses découvertes avec ses propres ami.e.s, très vite elle ressent le besoin de s’isoler pour comprendre et en savoir plus. C’est une plongée dans l’intime qu’elle ne peut dévoiler, même à ses ami.e.s les plus proches. Alors aux cahiers, aux cassettes audio et aux photos, c’est la parole de la mère qui prend le relais. Et l’émotion surgit. Maïa raconte à sa fille ce qu’elle avait voulu oublier, ce qu’elle pensait enfoui à tout jamais. Cette connexion puissante entre une mère et sa fille est bouleversante. Ce que parfois la mère ne peut pas dire à voix haute, les images, à leur tour, prennent le relais. Le film met en scène ainsi les liens familiaux par les femmes — les hommes étant absents : soit partie pour Alex (son père), soit mort pour Maïa (son père et son petit frère). 

Memory Box expose une jeunesse insouciante, libre et vibrante malgré la guerre et la terreur. En plongeant dans les souvenirs de sa mère, Alex découvre une Maïa joyeuse et passionnée. Elle photographiait tout, vivait pleinement. Malgré les bombes et les interdictions de ses parents, elle fuyait retrouver son copain et aller au cinéma. Impossible de ne pas faire le parallèle avec notre jeunesse aujourd’hui donc la pandémie mondiale à priver de ce qui fait que l’on peut survivre : la danse, la joie d’être réunis et la culture. Les corps qui se collent et qui veulent danser. C’est une jeunesse qui veut vivre malgré tout, malgré le danger. Pourtant, le film n’amoindrit pas la peur et les souffrances de la guerre. Ni le chaos qu’elle laisse derrière elle et qui finit par ôter ce sentiment d’insouciance si cher. Le récit pose alors la question de comment survivre à tout cela. Maïa est aux yeux de sa fille éteinte, sans passion ni amour. C’est quand Maïa découvre sa dernière pellicule de photo — son père mort allongé dans son lit et Beyrouth qui s’éloigne dans la nuit — qu’elle est submergée par une émotion vive. C’est à ce moment qu’elle peut s’ouvrir, partager son vécu et, à travers la parole, renouer avec son passé, mais également son présent et sa fille. Comme les bâtiments des villes détruites, Maïa avait fait table rase et construit une belle façade pour cacher sa souffrance et les souvenirs. Mais aussi la passion, la joie et l’insouciance de sa jeunesse. 

Joana Hadjithomas et Khalil Joreige signent un film magnifique, personnel et inventif. Ils adressent, à travers leur œuvre, un message fort : défendre l’éducation et la transmission plutôt que la violence pour léguer un idéal et une vie meilleure.

Marine Moutot

Memory Box
Réalisé par Joana Hadjithomas, Khalil Joreige
Avec Rim Turki, Manal Issa, Paloma Vauthier
Drame, France, Liban, Canada, Qatar, 2020, 1h40
Haut et Court
19 janvier 2022

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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