[CRITIQUE] Anatolia

Temps de lecture : 2 minutes

Après une douche froide et une nuit chaotique, Memo ne se lève pas le matin à l’internat où il vit. Yusuf est autorisé à l’amener à l’infirmerie et à rester près de lui, mais l’état de Memo ne fait qu’empirer.

Présenté à la Berlinale dans la Sélection Panorama en 2021 — une programmation explicitement queer, féministe et politique —, Anatolia est une œuvre rare dans le paysage cinématographique actuel. En se basant sur son vécu personnel dans un internat strict, le cinéaste turc Ferit Karahan met en avant les enfants dans un système corrompu qui les réduit en permanence en silence. 

En ouverture du film, dans le froid glacial de l’hiver anatolien, un directeur prononce un discours. Les élèves ont de la chance d’être là : une douche hebdomadaire, un peu d’argent de poche tous les mois et de quoi manger en plus de leur éducation. C’est un luxe pour ce proviseur véreux qui garde un œil discret sur cette école. Mais quand le jeune Mehmet (Memo) tombe gravement malade, les rouages se brisent et révèlent, au grand jour, les problèmes. Le manque de moyen, le peu d’engagement des professeurs et surveillants et surtout le non-respect de la parole des enfants. Yusuf — interprété par l’impressionnant Samet Yıldız — se démène pour faire entendre que son ami va mal. On leur apprend à ne penser qu’à eux et cela ronge le jeune homme qui se sent responsable de la maladie de Memo. Les adultes ont toujours mieux à faire, leurs problèmes leur paraissent plus cruciaux. Et quand enfin, ils réalisent la gravité de la situation, ils leur semblent plus important de désigner un coupable que de sauver le garçon. La faute est ainsi rejetée sur l’autre. Alors qu’un système est mis à mal, que des failles sont clairement montrées, les seuls qui paient le prix sont les enfants. Victimes éternelles des adultes qui ne les considèrent jamais vraiment. Le dernier regard caméra nous prend à parti : nous avons été témoin de ce qui vient de se passer, les adultes ne se remettront jamais en question. Nous sentons la détresse de Yusuf qui veut sauver son ami, tout en gardant lui aussi le silence sur ce qui s’est passé dans la nuit. L’éducation qu’ils apprennent dans ces internats fonctionne : mieux vaut sauver sa peau que de sauver celle d’un autre, même un ami. 

Pour son deuxième film, Ferit Karahan montre également la dureté de l’éducation face au peuple kurde. Alors que Yusuf et d’autres enfants sont en cours de géographie, l’enseignante corrige sèchement un garçon qui mentionne la région kurde du pays. Cette partie doit être effacée et ignorée. Plus tard, tandis qu’un élève pleure et refuse de se confier à un professeur, Yusuf l’interroge en kurde et échange avec lui. Cette langue, cette culture, bien qu’elles restent en sous-texte dans le film, sont pourtant présentes. Anatolia est un long-métrage intelligent et très bien mené sur les dérives d’un système et l’oubli permanent des enfants.

Marine Moutot

Anatolia (Okul Tıraşı)
Réalisé par Ferit Karahan
Avec Samet Yıldız, Ekin Koç, Mahir İpek
Drame, Turquie, Roumanie, 1h24
Moonlight Films Distribution
8 juin 2022

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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