[CRITIQUE] Au nom du père – Saison 1

Ce jeudi 29 novembre, Arte diffusait les trois premiers épisodes de sa nouvelle série danoise, Au nom du père, qui dépeint la famille Krogh, dans laquelle on est pasteur de père en fils.

Les personnages et leurs relations sont le cœur de la série, en particulier le triangle père-fils. Johannes, doyen de sa paroisse et actuel chef de famille, lutte pour perpétuer sa vision de l’Eglise ainsi que sa lignée. Il rejette son fils aîné, Christian, qui s’est détourné de la voie familiale, et projette tous ses espoirs sur le cadet, August, pasteur populaire à Copenhague. Adam Price, créateur et showrunner de la série, et ses deux co-scénaristes Karina Dam et Poul Berg montrent leur maîtrise du développement et de l’écriture des personnages : un mot, une phrase, un geste suffisent à nous faire entrevoir leur passé et leurs liens. Le tout porté par les acteurs, en particulier Lars Mikkelsen (Johannes) et Morten Hee Andersen (August), qui parviennent à faire transparaître toute la complexité de leurs personnages.

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A travers la relation de Johannes avec ses fils apparaît la question du déterminisme et de la transmission intergénérationnelle. Le titre français illustre la place que prend le père dans le trio : de la trinité, il ne reste que le Père Éternel, avec lequel se confond Johannes, qui éblouit sa famille et ses ouailles, qui tous aspirent à lui plaire et à lui pardonner. Johannes lui-même aspire à l’éternité par la perpétuation de sa lignée de pasteurs. Au nom du père s’intéresse particulièrement à son influence sur le fils cadet, en qui il voit son héritier.

De retour à Copenhague après une mission en tant qu’aumônier militaire en Palestine, August souffre d’une psychose qui se développe et évolue tout au long de la saison 1. Les causes potentielles avancées par le scénario sont multiples. Hanté par l’image d’une civile qu’il a tué au Moyen-Orient, August présente les symptômes d’un syndrome de stress post-traumatique. Un possible trouble bipolaire apparaît également à travers les échos entre les différentes générations : comme son grand-père, August est en proie à des accès de logolalie ; comme son père, il s’égare à plusieurs reprises dans des comportements obsessionnels.

La responsabilité directe des autres membres de la famille, dont les décisions impactent et influencent August, vient s’ajouter à ce réseau complexe. Le père, qui a incité August à se taire afin qu’il ne perde pas son statut de pasteur, est accusé par son fils aîné d’avoir « oblig[é] son fils à taire un meurtre », ce que « n’importe qui aurait du mal à supporter » 1.  » C’est avant tout une histoire de famille qui dit à quel point il est difficile de ne pas détruire ses enfants. (…) En tant que parent, c’est tellement facile de traumatiser son enfant, en l’étouffant d’amour ou en plaçant sur lui de trop grandes attentes. », confirme Adam Price dans un entretien 2. A travers la première et la dernière scène de la saison, qui se font écho, Christian apparaît lui aussi avoir une part de responsabilité dans l’état de son frère. Dans la première scène, lui et August, enfants, jouent sur la plage. Comme une image prémonitoire, Christian s’amuse à enterrer son petit frère et le réprimande lorsqu’il veut cesser le jeu : « Je te rappelle que t’es mort, bouge pas ! ».

Tous ces responsables, toutes ses causes possibles viennent nuancer la culpabilité du père et nous amènent au titre original de la série, Herrens Veje, « Les voies du seigneur » : issu de l’expression « les voies du seigneurs sont impénétrables », il souligne d’emblée la difficulté à comprendre les aléas de la vie.

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Complexe dans son traitement de la question de la transmission intergénérationnelle, Au nom du père est parfois naïf dans sa mise en scène du spirituel. Ainsi, grâce au montage, une prière semble influencer le destin d’un personnage et la mère semble prévenue des malheurs de son fils cadet. La réalisation, trop académique, ne parvient pas tout à fait à communiquer la dimension métaphysique du sujet. C’est beau, c’est propre et on se laisse porter par une réalisation souvent très classique mais seuls quelques plans symboliques nous sidèrent et restent en mémoire (renaissance d’un rouge-gorge, des moines en arrière-plan lors d’une méditation en occident, le vent dans des rideaux improvisés, une rose qui fleurit). C’est dans ces plans trop rares qu’apparaît la dimension spirituelle et métaphysique voulue par Adam Price.

Trop répétitif, le scénario s’essouffle aux deux-tiers alors que tous les thèmes ne sont pas entièrement exploités (le secret et le mensonge, la place de la foi dans la société moderne, …). La pertinence d’une deuxième saison, alors que le dernier épisode vient clore les différentes intrigues et que la scène finale boucle un cycle, est discutable. Si dix nouveaux épisodes donneront l’occasion de travailler les thèmes qui n’ont été qu’effleurés, le propos de la saison 1 risque de s’y retrouver dilué.

Johanna Benoist

Retrouvez l’interview d’Adam Price, créateur de la saison 1 de Au nom du Père, ici.


Série créée par Adam Price
Avec Lars Mikkelsen, Ann Eleonora Jorgensen, Simon Sears,
Morten Hee Andersen, Fanny Bernth
Drame – Danemark / France
2018 – En production

1. Saison 1 – Episode 1 – 12’18
2. Marion Olité, « Avec Au nom du père, Adam Price explore le crépuscule du patriarchat« , Konbini

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Publié par Phantasmagory

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