[CRITIQUE] The Crown – Saison 4

Temps de lecture : 5 min

À l’aube des années 80, la Couronne fait face à une nouvelle série de défis politiques et personnels. Alors que le pays traverse une période de crise, Margaret Thatcher est nommée Première ministre tandis que Charles fait la rencontre de la jeune Diana Spencer. 

Une nouvelle ère

Pour ce quatrième tour de piste, la série phare écrite par Peter Morgan change son fusil d’épaule : jusqu’ici chronique intime d’une Histoire suffisamment distante pour être aisément romancée, The Crown s’empare cette fois-ci d’une époque à la fois plus contemporaine et médiatisée ; une époque dont l’impact émotionnel et politique résonne encore aujourd’hui et qui exigeait par conséquent un traitement plus contrasté de la famille royale. 

Pour se faire, cette nouvelle saison effectue un revirement narratif en changeant de point de vue, ce que l’on pourra trouver quelque peu déstabilisant au premier abord. Si dans les faits Elizabeth II reste le vecteur de la série, elle joue ici un rôle quasi secondaire. Témoin majeur, elle se tient néanmoins en retrait face aux changements de son époque. Si l’on pourra regretter ce choix, qui donne peu de matière à la formidable Olivia Colman, il permet néanmoins d’illustrer une logique où Elizabeth la femme s’est désormais effacée au profit de son rôle de monarque et de l’opacité émotionnelle exigée par celui-ci. 

Dans cette continuité, Morgan délaisse plus globalement le point de vue interne à la famille royale précédemment adopté pour épouser ceux d’outsiders dont les destins viennent croiser celui de la Couronne. En manœuvrant ainsi, il concentre la saison sur la trajectoire de deux figures emblématiques : Margaret Thatcher et Lady Diana. 

Mettre en scène les symboles

Exercice hautement délicat que de porter ces deux femmes illustres à l’écran tant chacune engendre en effet un certain nombre de dilemmes. Ainsi, comment traiter d’une personnalité aussi complexe que celle de Thatcher sans finir à côté de la plaque ou tomber dans la parodie ? Sur ce tableau, la série s’en tire plutôt bien en confiant à Gillian Anderson le soin de composer cette difficile partition. Pour sa part, Morgan fait preuve d’une écriture plutôt habile. En effet, s’il n’hésite pas à utiliser la rigidité du personnage comme ressort comique, il dresse surtout un portrait sans complaisance ni jugement de cette femme de pouvoir aux nombreux paradoxes : pionnière mais rétrograde, dotée d’un fort sens du service public mais à l’origine d’une politique jusqu’au-boutiste et sans compassion. 

Pour Diana, la question était elle aussi épineuse : l’icône – peut-être – trop grande pour s’y mesurer, l’image quasi intouchable. Depuis la mort de la Princesse de Galle, peu d’œuvres ont tenté d’explorer sa psychologie. Morgan lui-même avait éludé la question dans le scénario de The Queen en ne mettant jamais en scène le personnage ; une manœuvre impossible à accomplir ici. Dans The Crown on découvre alors une toute jeune Diana (Emma Corrin, pas mal) dont le conte de fée vendu par la presse ne tarde pas à tourner au cauchemar. 

Petit théâtre de la cruauté

Petit agneau sacrificiel passé à la moulinette médiatique et politique, trop immature pour lutter, trop naïve pour prendre la pleine mesure de la tâche et surtout du sort qui l’attend : au travers du personnage de la Princesse de Galle c’est un tout autre niveau de réalité, jusqu’ici seulement ponctuellement évoqué, qui est pleinement exposé. La monarchie consume Diana dans son âme et dans son corps. Plus que jamais cette saison, on découvre la face sombre de la Couronne. Au fil des épisodes, Peter Morgan montre comment sous ses airs de famille modèle et unie la monarchie ne fait qu’engendrer des solitudes immenses : Charles, la Princesse Margaret, Anne… tous se retrouvent plus ou moins broyés par cette prestigieuse et cruelle machine où les aspirations et les destins personnels n’ont que bien peu de poids quand on doit déjà porter sur ses épaules celui d’une Nation.

En définitive, s’il est certain que cette quatrième saison dresse un portrait bien moins compatissant de son sujet, celui-ci gagne néanmoins en complexité. Si l’on peut regretter que ce nouveau chapitre se soit soldé par la mise en retrait des personnages phares des saisons précédentes au profit de la nouvelle génération, The Crown parvient à montrer autre chose sans s’essouffler. Il est ainsi rare pour une histoire dont on connaît déjà la suite de se renouveler avec autant de réussite. Avec une qualité d’écriture toujours au rendez-vous et un changement du casting pour la saison prochaine, The Crown sait nous faire languir et l’on ne saurait attendre son retour qu’avec impatience.

Marine Pallec

The Crown – Saison 4
Créée par Peter Morgan
Avec Olivia Coleman, Gillian Anderson, Emma Corrin
Drame, Royaume-Uni, 10×45′-60′
15 novembre 2020
Disponible sur Netflix.

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

2 commentaires sur « [CRITIQUE] The Crown – Saison 4 »

  1. Je viens d’achever cette saison puissante, qui rehausse le niveau après une saison 3 moi’s passionnante. La distributio’ est ici remarquable, notamment Emma Corrin dans le rôle de la jeune princesse, mais surtout une Gillian Anderson habitée. Le mélodrame prend un goût amer cependant, presque à virer au « Dallas » britannique, Buckingham devenant une sorte de SouthFork, Charles se mue en JR tandis que Diana fait une parfaite Sue Ellen (remplacer l’alcoolisme par la boulimie).
    Ça n’a pas manquer de chagriner le palais à sa sortie.

    Aimé par 1 personne

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