[CRITIQUE] Parvana

« Élève tes mots, pas ta voix. C’est la pluie qui fait pousser les fleurs, pas le tonnerre. » Djalâl-od-Dîn Rûmî

Il était une fois une jeune fille qui vivait dans un pays commandé par de méchantes personnes qui interdisaient aux femmes et aux filles de marcher dans la rue sans présence d’un homme. Son nom était Parvana. Le pays était l’Afghanistan. Les méchants sont des extrémistes appelés les talibans. Un jour, son père, un ancien professeur se fait arrêter et jeter en prison sans procès. Parvana et sa famille ne pouvant plus subvenir à leurs besoins sans risquer leur vie chaque fois qu’elles sortent de la maison, elle se déguise en garçon et part en quête de libérer son père.

Dans la sombre vie de Parvana, les contes peuvent sembler de trop. Alors que son père essaye de lui inculquer son goût pour les histoires et surtout celle de son pays ; elle ne voit que l’injustice de sa situation, elle doit vendre sa plus belle robe sans avoir pu la porter et n’est pas libre de ses mouvements. Pourtant rapidement, les choses s’inversent et la jeune fille comprend l’importance de pouvoir fuir dans un univers différent et combattre d’autres démons que ceux qui terrorisent son quotidien et celui de sa famille. L’histoire du petit garçon, sans peur, qui promet de tuer l’éléphant qui terrorise son village et leur avait volé leur graine trouve écho dans la vie de cette famille; une parmi tant d’autres.

Et c’est là la magie du film de Nora Twomey en permettant à la fois à Parvana et aux spectateurs de s’échapper dans une fable irréelle, le quotidien de cette famille sans homme prend tout son sens. Le parallèle des deux n’est pas tout noir ou tout blanc, mais didactique. Le message que transmet le film aux spectateurs du monde entier, jeune ou moins jeune est qu’il faut chérir ce que nous avons et que d’autres personnes dans le monde vivent dans un monde injuste qui les discrimine pour leur genre ; parce qu’elles sont des femmes.

Le nouveau dessin animé de Nora Twomey est un conte qui résonne aujourd’hui avec fatalité, mais pas seulement. L’histoire de Parvana est l’histoire de milliers d’enfants, de famille, de femme dans le monde. Le dessin magnifique ne dessert pas le film et l’utilisation du collage insiste sur le côté inventé de l’histoire que Parvana déroule au fil de son imagination et du besoin des personnes qui l’entourent. L’intelligence du film tient de son propos et de la manière dont la réalisatrice agence les deux histoires. Et le moment le plus tragique vient à la fin, alors que le conte avec le petit garçon finit bien, le monde s’écroule autour de Parvana. Le sang, le feu agitent le pays qui tombe, tandis que les femmes prennent enfin le temps de dire non. L’avenir est un certain, mais Parvana et sa famille ont réussi à suivre jusqu’ici en restant soudées.

Dire qu’un film est nécessaire est un contresens, car en soi, il est d’abord fait pour divertir. Mais Parvana est un film utile et même essentiel : comprendre ce qui ne se passe pas si loin de chez nous dans des pays qui ont connu la démocratie et la liberté peuvent aussi nous rappeler que ce que nous avons est cher.

Marine Moutot

Réalisé par Nora Twomey
Avec les voix de Golshifteh Farahani, Saara Chaudry, Soma Bhatia
Drame, Dessin animé, Canada, Irlande, Luxembourg, 1h33
27 juin 2018

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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