[CRITIQUE] Maman pleut des cordes

Temps de lecture :  3 minutes.

Jeanne, 8 ans, se sent bien seule. Son père, musicien, n’a jamais le temps pour elle, toujours accaparé par ses concerts et tournées. Et surtout, sa mère, chez qui elle vit, n’a décidément pas la frite depuis que son restaurant a fermé. Avec tout ça, personne ne fait jamais attention à elle. Envoyée en vacances chez sa grand-mère, Mémé Oignon, elle n’est pas au bout de ses surprises. Les choses pourraient enfin finir par bouger !

“Maman pleut des cordes.” Derrière la poésie de ce doux titre se cache un film tendre qui aborde avec finesse la question de la dépression d’un parent. Sur un quiproquo, Jeanne manque l’explication de sa mère sur son départ à la maison de repos. Se noue alors un discours sur l’absence et la maladie, entre incompréhension et rejet. À travers l’imaginaire des enfants sur l’hôpital psychiatrique ressortent les préjugés courants face à cette situation. Heureusement, Mémé Oignon et le géant Cloclo sont là pour les détromper et souligner la normalité de cette épreuve. À sujet difficile, histoire lumineuse : bien que Maman soit “triste comme une crêpe sèche au gras de jambon (Jeannou a le sens de la formule !), le film insuffle espoir et amour au cœur du quotidien de la jeune fille, à la manière du très beau La vie de château (Clémence Madeleine-Perdrillat, Nathaniel H’Limi, 2019), sorti l’an dernier, qui abordait le deuil. Et quoi de plus normal que de parfois avoir besoin de temps pour souffler et reprendre ses marques. Même le vert d’eau et le bleu ciel de l’hôpital, couleurs de la dépression, ne sauraient effacer la lumière au bout du tunnel. 

Car Maman pleut des cordes est avant tout une histoire de couleurs. Les superbes décors peints (dont vous pouvez retrouver le détail sur le site du producteur Dandeloo) subliment le récit avec la diversité de leurs verts si lumineux qui nous ancrent au cœur de la nature qui envahit la maison depuis les bois. Partout, il y a des plantes : dans la serre, dans la cuisine, devant la demeure… Et tout cette végétation semble même magique : de la forêt qui chante aux pommes qui se coupent toutes seules. Le ressenti est, ici, central. Tout d’abord les émotions de Jeanne mais également le son, présent en musique dès les premières minutes alors que Jeanne marche, écouteurs sur les oreilles. Car le film parle également de l’absentéisme parental et de la parole trop souvent non entendue des enfants. Jeanne se met en scène dans sa solitude qu’elle semble avoir totalement intégré sans pour autant l’accepter. Véhémente, elle le fait remarquer à l’un puis à l’autre. Décidément, les adultes ne sont pas toujours des gens très fiables… Et c’est le son qui remplit ce vide de l’absence qu’elle ressent. Le travail sur le bruitage et la musique est d’ailleurs très bon. Improvisation sur des casseroles et folles paroles sous les étoiles et lampions closent d’ailleurs le film au son de “Elle a mangé la tarte aux oignons” qui se poursuit au générique. Et lorsque Cloclo rit, tout le décor tremble, touché par sa grosse voix. Les odeurs ont aussi une place de choix car “y’a qu’des vieux et ça pue l’oignon” (Jeanne, encore). Eh oui, à force de cuisiner tartes et soupes, Mémé Oignon a une maison qui sent fort l’oignon !

Dans cette jolie petite maison perdue au milieu de nulle part (où décidément il pleut souvent des cordes), à l’image de sa propriétaire rigolote et farfelue, le changement de décor est soudain et pourtant il se fait en douceur alors que Jeanne explore les lieux et se laisse peu à peu amadouer par ce nouvel environnement. Débarquer dans le bazar de sa grand-mère était la plus belle chose qui puisse arriver à la jeune fille. Dans cet univers de saltimbanque, coloré et musical, la jeune casse-cou découvre une autre vie et, bien qu’elle n’en soit pas convaincue, c’est pour son plus grand bien. En rencontrant Sonia et Léon, deux petits voisins du quartier, mais également en se frottant à la générosité de Mémé Oignon (chez elle, la porte est toujours ouverte) et de Cloclo, Jeanne découvre la force du vivre ensemble et la solidarité, de façon presque magique. C’est un beau discours sur la transmission qui se noue avec ces personnages aussi divers que variés. C’est ainsi que la jeune fille va donner la force nécessaire à sa mère d’entamer sa guérison. 

Avec son sacré casting de doubleurs et doubleuses – notamment Siam Georget (Jeanne), Yolande Moreau (Mémé), Arthur H. (Cloclo) et Céline Sallette (Maman) -, Maman pleut des cordes donne vie à des personnages intéressants et profonds dans une belle histoire scénarisée par Hugo de Faucompret et Lison D’Andréa. Les scènes intenses et rythmées génèrent une joie communicative que l’on emporte avec soi alors que l’écran s’éteint. Particulièrement humoristique, ce joyeux parcours initiatique nous donne à voir une belle aventure dont on aimerait tellement connaître la suite. A bientôt, peut-être !

Manon Koken

Maman pleut des cordes
Réalisé par Hugo de Faucompret
Avec les voix de Yolande Moreau, Arthur H., Céline Sallette
Aventure, Famille, Animation, France, 26 min, à partir de 6/7 ans
Laïdak Films et Dandeloo
Disponible sur myCanal, Canal+ Family et Teletoon

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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