[CRITIQUE] Josep

Temps de lecture : 3  minutes.

1939. Dans le froid de février, des milliers de personnes fuient la dictature franquiste. Arrivés en France, les Républicains se trouvent parqués dans des camps sans nourriture ni bâtiments. Dans des conditions épouvantables, Josep Bartolí, dessinateur, fait la connaissance d’un gendarme avec qui il se lie d’amitié.

Le premier long-métrage d’animation d’Aurel — auteur de bandes dessinées, dont Clandestino : un reportage d’Hubert Paris, envoyé spécial — possède une force folle. À travers l’histoire vraie du dessinateur et combattant antifranquiste Josep Bartolí, il offre un récit universel et profond. De plus, il fait un lien fort entre le présent et le passé. Le gendarme devenu vieux raconte à son petit-fils, passionné de dessin, cette rencontre un peu particulière avec Josep dans un contexte d’avant-guerre rongé par la haine de l’autre.

Ce qui frappe le plus dans Josep est la violence gratuite des officiers français face aux Espagnols qui fuient la guerre et un régime dictatorial. Ces femmes et ces hommes sont dans une situation extrême et viennent en France dans l’espoir d’avoir une vie meilleure. Alors que la France se vante d’être le pays de l’égalité et de l’adelphité, le comportement de ces hommes est effrayant. Impossible bien évidemment de ne pas faire le lien avec les réfugiés qui arrivent à nos portes et sont bien souvent accueillis dans des conditions précaires. Leur droit inexistant, leur vie bafouée. En quoi sont-ils différents de nous ? En quoi sont-ils inférieurs ? Le simple fait de les traiter de cette manière — ils sont parqués dans le froid sans nourriture ni de quoi se laver ou vivre à peu près confortablement — montre à quel point la haine a infecté notre société actuelle et celle que décrit Aurel dans son film. 1939, à l’aune de la Seconde Guerre Mondiale, l’antisémitisme et le culte de la race prôné par les nazis a, depuis longtemps, fait son chemin dans le cœur des Français. Nous sommes à peine 40 ans après la fin de l’affaire Dreyfus qui a secoué la France et montré les pires facettes du peuple français. Ici, pas d’antisémitisme, seulement la haine de l’autre. Cet Autre est pourtant un voisin. Rien ne sépare les Espagnols des Français à part une simple frontière dessinée sur une carte. Leur langue est proche, leur manière de vivre aussi. Pourquoi alors les traiter comme des moins que rien ? En découvrant ce récit, impossible de ne pas être touché par la malveillance humaine. 

En dessinant la vie de l’artiste Josep, ce que veut également montrer le cinéaste est que, derrière la haine, il peut aussi y avoir l’amitié et le respect. Il y a aussi la possibilité du beau même dans les pires épreuves. Quand le gendarme Valentin découvre la méchanceté de ses supérieurs ou collègues, il refuse de s’y plier. Lui-même martyrisé, car il est plus « faible » que les autres face aux réfugiés, il se trouve à accomplir des actions qui le répugnent au plus profond de lui — par exemple uriner sur un dessin réalisé par Josep sur le sol. Honteux, humilié, il va alors tenter de se racheter en aidant Josep comme il peut : en lui apportant de quoi dessiner, en cherchant sa femme, et en lui donnant un peu d’amitié au jour le jour. Cette relation, qui paraît si improbable, sublime le propos et offre un peu de réconfort dans cette tourmente et l’horreur des camps. Le récit, par ailleurs, ne s’arrête pas à la vie et à la mort au camp, mais va plus loin pour montrer la vie romanesque du dessinateur qui, par la suite, émigre au Mexique où il côtoie Frida Kahlo. Le film prend alors des couleurs de fête et quitte la grisaille et la dureté des camps de concentration.

Outre une histoire forte, Aurel utilise avec habileté le dessin pour offrir une œuvre percutante. Alors que Josep, au début de sa carrière, était dessinateur de presse, Aurel fait le choix, dans les flashbacks, d’utiliser le dessin plus que l’animation. Si cela enlève le côté fluide que l’on peut retrouver dans de nombreux dessins animés, cela renforce l’aspect documentaire. Il nous plonge dans les souvenirs de ce gendarme qui a vu à la fois de l’extérieur et de l’intérieur ce que vivaient les immigrés. Josep est une œuvre dérangeante, puissante et surtout nécessaire.

Marine Moutot

Josep
Réalisé par Aurel
Avec les voix de Sergi López, David Marsais, Silvia Pérez Cruz
Drame, Animation, France, Belgique, Espagne, 1h11
Sophie Dulac Distribution
Disponible sur Arte, UniversCiné, FilmoTV, Canal VOD, Cinemasalademande, Orange

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

Un avis sur « [CRITIQUE] Josep »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :